Sûzel s'en va toute pensive. Kobus réfléchit, rougit en lui-même et s'excuse par un billet à son fermier. Il va au Grand-Cerf le soir. Le percepteur l'engage à l'accompagner dans une tournée pour passer le temps. Il y consent; il s'achemine avec lui de village en village pendant quinze jours. Ses soucis augmentent. Il pensait à Sûzel; il revient à la ville; il s'endort.

Dieu sait à quelle heure Fritz s'endormit cette nuit-là; mais il faisait grand jour lorsque Katel entra dans sa chambre et qu'elle vit les persiennes fermées.

«C'est toi, Katel, dit-il en se détirant les bras; qu'est-ce qui se passe?

—Le père Christel vient vous voir, monsieur. Il attend depuis une demi-heure.

—Ah! le père Christel est là. Eh bien, qu'il entre. Entrez donc, Christel. Katel, pousse les volets. Eh! bonjour, bonjour, père Christel; tiens, tiens, c'est vous!» fit-il en serrant les deux mains du vieil anabaptiste, debout devant son lit, avec sa barbe grisonnante et son grand feutre noir.

Il le regardait la face épanouie. Christel était tout étonné d'un accueil si enthousiaste.

«Oui, monsieur Kobus, dit-il en souriant, j'arrive de la ferme pour vous apporter un petit panier de cerises.... Vous savez, de ces cerises croquantes du cerisier derrière le hangar que vous avez planté vous-même il y a douze ans.»

Alors Fritz vit sur la table une corbeille de cerises rangées et serrées avec soin dans de grandes feuilles de fraisiers qui pendaient tout autour. Elles étaient si fraîches, si appétissantes et si belles qu'il en fut émerveillé:

«Ah! c'est bon, c'est bon! Oui, j'aime beaucoup ces cerises-là! s'écria-t-il. Comment! vous avez pensé à moi, père Christel?

—C'est la petite Sûzel, répondit le fermier: elle n'avait pas de cesse et pas de repos. Tous les jours elle allait voir le cerisier et disait: «Quand vous irez à Hunebourg, mon père, les cerises sont mûres. Vous savez que M. Kobus les aime!» Enfin, hier soir, je lui ai dit: «J'irai demain! et ce matin au petit jour, elle a pris l'échelle et elle est allée les cueillir.»