XXVII
Et votre père, demandai-je aux jeunes personnes, que fait-il?—Monsieur, me répondirent-elles, il est maître de pension rurale dans notre village de Renève; il vous aime pour votre conduite dévouée en 1818, et son cœur est la source où nous avons puisé nos sentiments. Il y a quatre ans qu'il nous a préparé la petite économie dont le besoin était prévu pour notre voyage, il devait nous accompagner, une maladie l'a retenu. Nous allons vite le rejoindre et lui rendre compte de l'accueil que vous nous faites et de celui qu'on nous a fait en votre nom. Puisse la Providence s'en souvenir!
On se leva de table. Nous retournâmes tous au jardin. Mes nièces menèrent les jeunes filles causer dans les allées et cueillir les grappes et les fleurs sous les treilles; bientôt l'heure du départ sonna pour les aimables pèlerines. Elles reprirent leur foulard dans la main, nous les accompagnâmes par l'avenue jusqu'à la grande route de Mâcon. Nous les avions reçues en étrangères, nous les quittâmes en amies.—Voilà, dis-je en les regardant marcher sur le grand chemin, de la célébrité en cœur et en âme; quand nous serons bientôt peut-être expulsés de notre dernière maison, souvenons-nous, pour nous consoler, que la dernière visite que nous avons reçue était la visite de ces pauvres pèlerines de Renève et que nos bénédictions pleuvent sur elles!
Puis nous revînmes tristement au château.
Lamartine.
FIN DE L'ENTRETIEN CXXXVII.
Paris.—Typ. Rouge frères, Dunon et Fresné, rue du Four-Saint-Germain, 43.
CXXXVIIIe ENTRETIEN
LITTÉRATURE GERMANIQUE
LES NIBELUNGEN
Poëme épique primitif
I
Les archives des grands peuples ont toutes pour première page une épopée.
Ce poëme épique se confond avec les plus vieilles traditions et les plus religieuses crédulités des nations.