Nous partîmes; Birouk marchait en avant, et moi je le suivais de près. Je ne sais vraiment pas comment il trouvait son chemin au milieu des arbres et des broussailles, mais il s'avançait d'un pas rapide, sans hésiter, et ne s'arrêtait de temps en temps que pour écouter les coups de hache.
—Voyez-vous cela!—dit-il entre ses dents.
—Entendez-vous? entendez-vous maintenant?
—De quel côté?
Le forestier haussa les épaules. Nous nous engageâmes dans le ravin; lorsque nous fûmes à l'abri du vent, je commençai à entendre très-distinctement le bruit d'une hache. Birouk me regarda en faisant un signe de tête. Nous continuâmes à nous avancer en marchant au milieu des fougères et des orties. Un craquement sourd et prolongé frappa mon oreille...
—Il l'a coupé!—murmura Birouk.
Le ciel continuait à s'éclaircir; on commençait à y voir dans le bois. Nous arrivâmes enfin à l'extrémité du ravin.
—Attendez-moi ici,—me dit le forestier à demi-voix; et redressant son fusil, il se baissa et disparut au milieu des buissons.
J'écoutai attentivement; malgré les mugissements du vent je distinguais des sons assez faibles qui s'élevaient à peu de distance de l'endroit où je me tenais: on abattait à coups de hache les branches d'un arbre; puis, j'entendis le souffle d'un cheval, le cri discordant des roues d'une téléga...—Où vas-tu? arrête!—s'écria tout à coup Birouk d'une voix tonnante.—Ces paroles furent suivies d'un cri plaintif comme celui d'un lièvre... Une lutte venait de s'engager.—Non! non!—répétait Birouk d'une voix haletante,—tu ne m'échapperas pas...—Je me précipitai dans cette direction, et après avoir trébuché plus d'une fois j'arrivai sur le lieu du combat. Le forestier était étendu par terre au pied d'un arbre coupé; il tenait le voleur qui se débattait sous lui, et dont il s'efforçait de lier les mains avec une ceinture. Je m'approchai des combattants; le paysan était déguenillé, mouillé jusqu'aux os, et une longue barbe en désordre lui donnait une physionomie des plus sinistres. Birouk se releva et força son prisonnier à en faire autant. Un cheval décharné couvert d'une natte toute déchirée et une téléga étaient à quelques pas plus loin dans le fourré. Le forestier était silencieux; le paysan se taisait aussi, mais il hochait la tête.
—Laisse-le en paix!—dis-je à l'oreille de Birouk,—je payerai le prix de l'arbre.