Birouk ne me répondit pas; il saisit la crinière du cheval de la main gauche (il avait passé la main droite dans la ceinture du voleur).

—Allons! tourne-toi, corneille[22],—dit-il d'un ton rude.

—Voilà, là-bas, ma petite hache: prenez-la,—balbutia le paysan.

—Il ne faut pas la perdre, en effet,—reprit le forestier en relevant la hache.

Nous partîmes; je marchai par derrière... Chemin faisant, quelques gouttes d'eau nous annoncèrent que la pluie allait recommencer; elle ne tarda point effectivement à tomber à flots. Ce n'est pas sans peine que nous parvînmes à regagner la demeure du forestier. Lorsque nous l'eûmes atteinte, Birouk laissa le cheval au milieu de la cour, conduisit le paysan dans l'isba, relâcha le nœud du kouchak qui lui retenait les mains, et le fit asseoir dans un coin. Je me plaçai en face sur le banc.

—Quelle ondée!—me dit le forestier.—Il faut attendre qu'elle passe. Ne voulez-vous pas vous reposer un peu?

—Non, merci.

—Pour ne pas vous incommoder,—me dit-il en montrant le paysan,—je l'aurais bien mis dans la petite chambre à côté, mais le loquet...

—Laisse-le là; il ne me dérange pas,—répondis-je.

Le paysan me regarda sans relever la tête. Je pris la ferme résolution de délivrer le pauvre diable, à quelque prix que ce fût. Il était toujours immobile sur le banc où Birouk l'avait placé en entrant. La lumière de la lanterne l'éclairait en plein, et je l'observai plus attentivement; il avait la figure have et couverte de rides, des sourcils fauves, le regard inquiet, et tous ses membres étaient d'une maigreur effrayante... La petite fille s'étendit à ses pieds sur le plancher. Quant à Birouk, il était assis devant la table, la tête posée sur ses deux mains. Un grillon chantait dans le coin,... la pluie battait contre le toit et les vitres; nous étions tous silencieux.