«Il parla: «De quelque part que ces guerriers soient venus vers le Rhin, ce doivent être des chefs ou des messagers. Leurs destriers sont beaux et leurs habits magnifiques. D'où qu'ils viennent, ce sont des héros de grand courage.
«—Certes, ajouta Hagene, je veux bien le dire: quoique je n'aie point vu Sîfrit, pourtant je suis tout disposé à croire, d'après ce qu'il me paraît, que c'est là le héros qui s'avance si majestueusement.
«Il apporte des nouvelles en ce pays. La main de ce guerrier a vaincu les hardis Nibelungen, Schilbung et Nibelung, ces fils d'un roi puissant. Il accomplit de grandes merveilles par la force de son bras.
«Comme le héros chevauchait seul et sans suite, il rencontra devant une montagne, ainsi m'a-t-il été dit, près du trésor de Nibelung, beaucoup d'hommes hardis, qu'il ne connaissait pas, mais qu'il apprit à connaître alors.
«Tout le trésor de Nibelung avait été apporté hors de la montagne creuse.—Maintenant, écoutez le récit de ces merveilles.—Comme les Nibelungen se mettaient à le partager, Sîfrit les vit et le héros en fut étonné.
«Il vint si près d'eux, qu'il aperçut les guerriers et que les guerriers le virent aussi. L'un d'eux s'écria: «Voici venir le fort Sîfrit, le héros du Niderlant.» Il lui advint chez les Nibelungen des aventures très-extraordinaires.
«Schilbung et Nibelung reçurent fort bien le brave Sîfrit. De commun accord ils prièrent le noble chef, l'homme très-beau, de partager le trésor entre eux. Ils le désiraient si ardemment que Sîfrit commença à les écouter.»
«Sîfrit arrive à Worms; une rixe s'élève entre lui et les chevaliers de Gunther, roi du pays. Elle est calmée, par l'intervention d'Hagene, le plus brave et le plus puissant de ses chevaliers, parent du roi. Les fêtes de la réception royale commencent par de brillants tournois. Sîfrit triomphe toujours et partout de tous. Il n'avoue pas encore le vrai motif de son voyage à cette cour, mais il couve en silence son amour secret pour la belle Kriemhilt, la sœur du roi. De son côté Kriemhilt recherche les occasions de l'apercevoir, prévenue par le bruit de ses exploits et de sa merveilleuse beauté.
«Quand les jeunes hommes joutaient dans la cour, chevaliers et écuyers, Kriemhilt, la reine respectée, le regardait souvent par la fenêtre, et alors elle ne désirait pas d'autres divertissements.
«S'il avait su qu'elle le voyait, celle qu'il portait dans son âme, grande en eût été sa joie; si ses yeux avaient pu la voir, je puis l'affirmer, rien de mieux en ce monde n'eût pu lui arriver.