«Lorsqu'il se tenait près des guerriers dans la cour, ainsi qu'on fait dans les jeux, le fils de Sigelint paraissait si digne d'amour que mainte femme le désirait par tendresse de cœur.

«Il pensait aussi souvent: Comment arrivera-t-il que je puisse voir de mes yeux cette noble vierge que j'aime de toute mon âme et depuis si longtemps? Elle m'est encore inconnue et je ne puis pas ne pas en être affligé.

«Lorsque les rois puissants chevauchaient en leur pays, aussitôt les guerriers devaient les suivre et avec eux aussi Sîfrit: c'était une douleur pour les femmes. Souvent aussi à cause de son amour il ressentait grande souffrance.

«Ainsi il vécut auprès des chefs,—telle est la vérité,—dans le pays de Gunther une année tout entière, sans avoir vu la femme si digne d'amour, par qui lui vint ensuite beaucoup de bonheur et beaucoup d'affliction.

«Pendant que Sîfrit est à la cour de Gunther, le roi de Worms, ses ennemis le menacent d'une invasion. On tient conseil; Sîfrit lui offre son bras pour le défendre; il marche avec les amis du roi au-devant des envahisseurs et il en immole un grand nombre. L'armée de Gunther, victorieuse grâce à Sîfrit, envoie à Worms des messagers annonçant la victoire. Brunhilt reçoit un de ces messagers et l'interroge. Elle commença par s'informer de ses jeunes frères, le messager lui parle de Sîfrit et vante ses exploits. Les jours de la belle Brunhilt devinrent roses de plaisir à ces bonnes nouvelles. Sîfrit résolut de rester à la cour afin d'apercevoir Brunhilt.

«Le favori du roi Gunther parla à ce prince et lui dit:

«Voulez-vous que cette fête vous fasse le plus grand honneur, laissez admirer les belles jeunes filles qui font l'orgueil de la Burgondie.

«Quelle serait la joie de l'homme et quel serait son bonheur, s'il n'y avait ni belles vierges, ni femmes superbes? Laissez paraître votre sœur en présence de vos hôtes.» Le conseil était donné à la satisfaction de maint héros.

«Je le ferai volontiers,» dit le roi. Tous ceux qui l'entendirent furent très-joyeux. Il pria dame Uote et sa fille de vouloir bien avec leurs vierges se rendre à la cour.

«On prit hors des bahuts de beaux ajustements, on prépara maintes parures, galons et fermoirs, qui étaient soigneusement enveloppés. Plus d'une femme aux belles couleurs se para courtoisement.