«Elle dit: «Est-il vraiment ton seigneur et toi son homme? Veut-il tenter les jeux que je propose? S'il est vainqueur, je serai sa femme; mais si je triomphe une seule fois, il y va de la vie pour vous tous.

«—Il doit lancer la pierre, bondir après et jouter de la lance avec moi. Que votre esprit ne soit pas trop prompt, vous pourriez bien perdre ici l'honneur et la vie. Songez-y.» Ainsi répondit la vierge digne d'amour.

«Sîfrit le rapide s'avança vers le roi et le pria de dire à la reine toute sa volonté: «Soyez sans crainte, je saurai vous préserver par mes artifices.»

«Le roi Gunther parla: «Reine superbe, déterminez ce que vous exigez. J'accomplirai tout cela et même plus, pour votre beau corps. J'y laisserai ma vie, ou vous serez ma femme.»

«Quand la reine entendit ces paroles, elle ordonna de préparer les jeux suivant la commune. Elle fit apporter son armure de combat, une cuirasse d'or et un bon bouclier.

«La vierge se revêtit d'une cotte d'armes de soie, que jamais dans le combat nulle épée n'avait entamée. Elle était d'étoffe de Lybie très-bien faite, et toute brillante de passementeries bien ouvrées.

«Cependant on montrait beaucoup d'orgueil vis-à-vis des guerriers: Dancwart et Hagene en étaient peu satisfaits. Ils s'inquiétaient en leur cœur du sort de Gunther. Ils pensaient: «Ce voyage tournera mal pour nous.»

«Pendant ce temps, Sîfrit, la puissante épée, était retourné au vaisseau, sans que nul ne s'en aperçût, pour chercher la Tarnkappe qu'il y avait cachée. Il s'y glissa rapidement; ainsi, personne ne le vit.

«Il se hâta de revenir. Il vit un grand nombre de guerriers là où la reine préparait les jeux. Il s'avança invisible. Nul ne le vit de tous ceux qui étaient présents, grâce à ses artifices.

«On traça le cercle où la joute devait avoir lieu en présence d'un grand nombre de vaillants héros. Ils étaient plus de sept cents bien armés, et c'étaient eux qui devaient décider en toute vérité à qui appartiendrait la victoire.