«Voici venir Brunhilt. Elle est armée comme si elle voulait combattre pour la terre d'un roi. Elle porte sur son vêtement de soie, de nombreuses lames d'or. Sa fraîcheur brillante éclate à ravir sous cet appareil.

«Viennent ensuite les serviteurs; ils lui apportent un bouclier d'or rouge, revêtu de plaques d'acier trempé, grand et large. C'est avec ce bouclier que la vierge charmante voulait combattre.

«Les attaches de ce bouclier étaient d'une riche étoffe, sur laquelle brillaient des pierreries vertes comme l'herbe. Elles étincelaient avec un grand éclat dans l'or qui les enchâssait. Il devait être brave celui qui saurait plaire à cette femme.

«Ce bouclier d'acier et d'or que la vierge allait porter, était épais (cela nous a été conté ainsi) de trois empans à l'endroit des boucles. C'est à peine si quatre de ses camériers le pouvaient porter.»

«Voilà qu'on apporta à la vierge une pique lourde et grande, large, énorme, forte, invincible et dont le tranchant coupait terriblement. C'était celle dont elle se servait toujours.

«Écoutez les merveilles qu'on raconte du poids de cette pique: elle était forgée de quatre énormes masses de fer. Trois hommes de Brunhilt avaient peine à la porter. Le noble Gunther commença d'en prendre de l'inquiétude.

«Il pensa en lui-même: «Que va devenir ceci! Par le diable de l'enfer, qui pourrait soutenir cette lutte? Que ne puis-je retourner en vie vers le Rhin, elle serait pour longtemps délivrée de mon amour?»

«Sachez-le bien, il était plein de soucis. On lui apporta toutes ses armes. Le roi puissant en était bien armé. D'inquiétude Hagene avait presque perdu la raison.

«Le frère de Hagene, le brave Dancwart, parla: «Je me repens intérieurement de ce voyage. On nous appelait des héros et nous devrions perdre la vie, et des femmes dans ce pays nous feraient périr!

«Cela me peine durement que je sois venu dans cette contrée. Si mon frère Hagene avait ses armes et moi les miennes, tous ces hommes de Brunhilt rabattraient un peu de leur fierté.