«Avec mille gracieuses honnêtetés, dame Kriemhilt s'avança pour recevoir dame Brunhilt et sa suite. De leurs blanches mains on les vit écarter les tresses de leurs cheveux quand elles échangèrent leur baiser; elles le firent en toute affection.

«La vierge Kriemhilt parla amicalement: «Soyez la bien-venue en ce pays, pour moi, pour ma mère et pour tout ce que nous avons de fidèles amis.» Et l'on s'inclina de part et d'autre.

«Et les femmes s'embrassèrent à plusieurs reprises. Jamais on n'a ouï parler d'une réception aussi affectueuse que celle faite à la fiancée par dame Uote et par sa fille. Plusieurs fois elles baisèrent ses douces lèvres.

«Quand les femmes de Brunhilt furent toutes descendues sur le sable, maints jeunes guerriers menèrent par la main maintes vierges richement vêtues. Ces nobles jeunes femmes entouraient Brunhilt.

«Avant que toutes salutations se fussent achevées, une grande heure s'écoula. Pendant ce temps fut baisée plus d'une bouche rose. Les filles des rois se tenaient encore l'une près de l'autre. Nombre de héros fameux se plaisaient à les contempler.

«Ils les suivaient du regard ceux qui avaient ouï dire que nul ne pouvait voir rien de plus beau que ces deux femmes, et on le disait sans mentir; car dans la beauté de leur corps, rien n'était emprunté ni trompeur.

«Ceux qui savaient apprécier les femmes et leurs formes gracieuses, ceux-là louaient la beauté de la fiancée de Gunther. Mais les plus sages, qui les avaient mieux comparées, disaient qu'on pouvait bien préférer Kriemhilt à Brunhilt.»

X

Gunther, cependant, au milieu des fêtes et des festins, accorde à Sîfrit le prix de ses services, la main de la jeune Kriemhilt. Le héros et la belle fiancée se retirent ensemble dans la chambre des noces.

Gunther veut entraîner Brunhilt. Elle le suit en vêtements de lin; mais quand il veut jouir de sa conquête, Brunhilt s'indigne, résiste, et lui liant les pieds et les mains avec sa forte ceinture, elle le suspend à un clou de la chambre et le laisse vaincu et humilié déplorer sa rigueur. Il lui adresse en vain l'expression de son repentir et le serment de respect jusqu'au matin. À la fin, pour lui éviter l'humiliation de sa défaite devant sa cour, elle le délie et l'autorise à se tenir éloigné d'elle dans la couche nuptiale. On leur apporte le matin de nouveaux atours et on se réunit à la messe, dans la cathédrale de Worms. Mais Gunther était sombre de visage.