XI

Après la messe, les deux héros se confient leurs destinées bien différentes. Sîfrit, à l'aide de son talisman, promet à Gunther de l'aider à dompter l'épouse rebelle.

Ici le poëme, semblable à Daphnis et Chloé ou plutôt à l'Arioste, change de ton et tourne par sa crudité naïve en tragi-comique. Sîfrit, à l'aide de l'obscurité, pénètre sans être vu dans l'appartement nuptial, il lutte longtemps invisible avec Brunhilt et remet au roi son épouse vaincue et soumise. Il lui dérobe seulement un anneau et une ceinture soustraits pendant la lutte. Il s'évade sans avoir été reconnu et va rejoindre sa femme Kriemhilt. Le sujet nous oblige à abréger ces détails aussi poétiques, mais moins chastes qu'Homère. Cela est bien beau, mais un peu barbare. Passons.

XII

Cependant moitié amour, moitié jalousie, Brunhilt, la gigantesque héroïne devenue l'épouse de Gunther, insinuait à son mari l'envie de voir Sîfrit et sa femme Kriemhilt. Gunther résiste, puis il cède, il les invite à revenir prendre leur service à la cour.

XIII

Le récit du voyage de Sîfrit et de Kriemhilt à la cour de Gunther est épique. Les deux belles rivales, Brunhilt et Kriemhilt, s'embrassent cordialement. Cependant, la femme de Gunther laisse échapper quelques paroles secrètement amères, qui indiquent qu'elle ne voit pas sans envie la félicité de Kriemhilt. Les fêtes commencent.

«Un jour avant la vesprée, les guerriers menaient grand bruit dans la cour du palais. Pour se divertir, ils se livraient à des jeux chevaleresques. Afin de les voir, hommes et femmes étaient accourus en foule.

«Elles étaient assises l'une près de l'autre, les deux puissantes reines, et elles pensaient aux héros si dignes d'admiration. La belle Kriemhilt parla: «J'ai un époux, à la main duquel toutes les terres de ce royaume devraient être soumises.»

«Dame Brunhilt répondit: «Comment cela pourrait-il être? Si nul ne survivait que lui et toi, il est vrai, ce pays pourrait en ce cas lui être soumis. Mais tant que vivra Gunther, il ne peut en être ainsi.»