«Le fort Sîfrit parla d'une loyale façon: «S'il vous plaît d'aller chasser, je vous accompagnerai bien volontiers. Mais vous me prêterez un piqueur et quelques chiens courants. Ainsi je chevaucherai parmi les sapins.
«—Si vous ne vous contentez pas d'un seul piqueur, répondit aussitôt le roi, je vous en prêterai quatre, qui connaissent parfaitement la forêt et les sentiers que suivent les animaux. Ils ne vous laisseront point revenir semblable à un exilé.»
«Le chevalier magnanime chevaucha vers sa femme. Hagene se hâta de dire au roi comment il comptait vaincre le guerrier superbe. Jamais ne s'accomplit une aussi coupable trahison.
«Ces hommes déloyaux préparaient ainsi sa mort, et leurs amis le savaient. Gîselhêr et Gêrnôt ne voulurent pas aller à la chasse. Je ne sais par quelle inimitié ils ne l'avertirent point; ils en portèrent depuis la peine.
«Gunther et Hagene, ces guerriers très-audacieux, vantaient avec déloyauté une partie de chasse dans le bois. Avec leurs lances acérées ils voulaient poursuivre les sangliers, les ours et les bisons. Que pouvait-on faire de plus hardi?
«Au milieu d'eux chevauchait Sîfrit avec une prestance royale. On emportait des vivres de toute espèce. Près d'une source fraîche, il allait perdre la vie: ainsi l'avait voulu Brunhilt, la femme du roi Gunther.
«Le vaillant héros alla trouver Kriemhilt. On chargeait sur des chevaux de bât son équipement de chasse et celui de ses compagnons. Ils allaient passer le Rhin. Jamais Kriemhilt ne ressentit tant de peine.
«Il baisa la bouche de sa bien-aimée: «Que Dieu m'accorde, femme, de te retrouver en bonne santé, et que tes yeux aussi puissent me revoir! Tu te divertiras avec tes bons parents; je ne puis rester ici.»
«Elle pensa au récit qu'elle avait fait à Hagene; elle n'osait le lui avouer. Elle se prit à gémir, la noble reine, de ce qu'elle eût jamais reçu l'existence. Elle versa des larmes sans mesure, la femme merveilleusement belle.
«Elle dit au guerrier: «Laisse là cette chasse. J'ai rêvé cette nuit d'un malheur, comme si deux sangliers sauvages te poursuivaient sur la bruyère; et les fleurs en devinrent rouges. En vérité, c'est une grande angoisse qui me fait ainsi pleurer.