«Son maître lui ordonna de dire ce qu'il avait appris.

«Si vous pouvez empêcher l'expédition, nous irons à la chasse. Maintenant je connais le secret de me rendre maître de lui. Pouvez-vous arranger cela?

«—Je le ferai facilement,» dit le roi.

«Les compagnons de Gunther étaient très-satisfaits. Je pense que jamais chevalier ne machina plus grande trahison que celle-ci, tandis que la reine se fiait complétement à sa loyauté.

«Le lendemain matin, le seigneur Sîfrit, avec mille de ses hommes, partit chevauchant plein de joie. Il pensait qu'il allait venger l'offense reçue par ses amis. Hagene le suivit de si près, qu'il put examiner son vêtement.

«Quand il eut aperçu la marque, il envoya secrètement deux de ses hommes, qui devaient apporter d'autres nouvelles, disant que Liudgèr les avait envoyés vers le roi pour annoncer que le pays de Gunther demeurerait en paix.

«Avec quels regrets Sîfrit retourna sur ses pas avant d'avoir vengé l'injure de ses amis! Les hommes de Gunther le détournèrent avec peine de l'expédition. Il alla près du roi, qui se mit à le remercier.

«Que Dieu vous récompense, seigneur Sîfrit, vous, mon bon ami, de ce que vous faites si volontiers ce que je vous demande. Je serai toujours disposé à vous rendre service en raison de ce que je vous dois. Je me confie en vous plus qu'en tous mes autres fidèles.

«Maintenant que nous n'avons plus à conduire notre armée, je veux aller chasser l'ours et le sanglier dans le Waskem-wald, ainsi que je l'ai fait bien souvent.» C'était là le conseil de Hagene, l'homme très-déloyal.

«On dira à tous mes hôtes que je veux chevaucher de bon matin. Que ceux qui veulent chasser avec moi, se tiennent prêts. Que ceux qui veulent rester se divertissent avec les dames: ainsi ils me feront plaisir.»