«Il le vit teint de sang; ses habits en étaient tout inondés. Il ne savait pas encore que c'était son maître. Il porta dans la chambre le flambeau qu'il tenait à la main; à sa lueur, dame Kriemhilt allait reconnaître l'affreuse vérité.
«Comme elle allait se rendre à l'église avec ses femmes, le camérier lui dit:
«Dame, arrêtez-vous. Il y a là, couché devant la porte, un chevalier mort.
«—Hélas! dit Kriemhilt, quelle nouvelle m'annonces-tu?»
«Avant qu'elle n'eût vu que c'était son mari, elle se mit à penser à la question de Hagene: comment il devait faire pour préserver la vie de Sîfrit. Elle sentit en ce moment le premier coup de la douleur. Par cette mort, toute joie était chassée loin d'elle, sans retour.
«Elle s'affaissa à terre et ne dit pas un mot. On voyait là, étendue, la belle infortunée. Les gémissements de Kriemhilt furent terribles et sans bornes. Revenue de son évanouissement, elle faisait retentir tout le palais de ses cris.
«Quelqu'un de sa suite parla: «Quel peut être cet étranger?» Si grande était la douleur de son âme, que le sang lui sortait de la bouche. Elle s'écria: «Non, non, c'est Sîfrit mon bien-aimé. Brunhilt a donné le conseil, Hagene l'a exécuté.»
«Elle se fit conduire là où gisait le héros. De ses mains blanches elle souleva sa tête si belle. Quoique rougie de sang, elle la reconnut aussitôt. Lamentablement il était couché là, le héros du Niderlant!
«La douce reine s'écria avec désespoir: «Malheur à moi, quelle souffrance! Non, ton bouclier n'est pas lacéré par les épées; tu as été assassiné. Si j'apprends qui t'a frappé, je le poursuivrai jusqu'à la mort.»
«Toutes les personnes de sa suite pleuraient et gémissaient avec elle. Car leur regret était grand d'avoir perdu leur noble seigneur. Hagene avait vengé bien cruellement l'offense de Brunhilt.