«L'infortunée parla: «Allez en toute hâte éveiller les hommes de Sîfrit. Dites aussi ma douleur à Sigemunt; priez-le de venir avec moi pleurer le vaillant Sîfrit.»
«Un messager courut en toute hâte là où reposaient les guerriers de Sîfrit du Nibelung-lant. La triste nouvelle leur enleva toute joie. Mais ils n'y crurent point, avant d'avoir entendu les gémissements.
«L'envoyé se hâta d'arriver près de la couche du roi. Sigemunt, le vieux chef, ne dormait pas. Je pense que son cœur lui révélait ce qui était arrivé et qu'il ne devait plus jamais voir Sîfrit.
—«Éveillez-vous, seigneur Sigemunt: Kriemhilt, ma maîtresse, m'ordonne de venir auprès de vous pour vous dire qu'un malheur lui est arrivé, qui plus que nul autre malheur, l'a frappée au cœur. Vous aurez aussi à gémir avec elle, car cela vous touche de près.»
«Sigemunt se souleva et dit:
«Quel est ce malheur de la belle Kriemhilt, dont tu me parles?»
«L'autre répondit en pleurant:
«Je ne puis vous le cacher, oui, le vaillant Sîfrit du Niderlant a été assassiné.»
«Le roi Sigemunt reprit:
«Cesse de railler, je le l'ordonne, et ne répète pas cette affreuse nouvelle, qu'on ait osé dire qu'il était tué. Car, jamais jusqu'à ma mort, je ne m'en pourrais consoler.