XVI

Ici tout change: la fidèle Kriemhilt va demeurer chez la vieille reine de Worms (Uote), qui bâtit un monastère auprès de Worms; on y ensevelit Sîfrit définitivement pour y attirer sa belle veuve.

Le roi Etzel, du pays de Hongrie, soumis à Attila, perd par la mort la reine Helche, sa femme accomplie. Il cherche une autre épouse. On lui parle de Kriemhilt, veuve de Sîfrit, la plus belle des femmes.—Comment, dit-il, pourrai-je obtenir cette belle au besoin, puisque je suis payen et elle chrétienne.—Le margrave Ruedigêr, auquel il se confie pour aller demander en mariage la belle Kriemhilt, partit avec cinq cents chevaliers. Il s'arrêta chez lui en Bavière pour voir sa femme et sa fille. Huit jours après il était avec sa vaillante suite sur les bords du Rhin. Le roi Gunther prit l'ambassadeur par la main, il le conduisit lui-même à son trône, et fit venir pour son hôte l'hydromel et le vin fameux du Rhin.

XVII

Les négociations durèrent treize jours. Hagene seul déconseilla le mariage. Gunther insiste; il lui paraît avantageux de placer sa sœur sur le trône d'Attila. Après une longue résistance, Kriemhilt consentit, dans le seul espoir de se venger sur Hagene de la mort de Sîfrit. Elle distribua une partie de son trésor et emmena avec elle cent des plus belles jeunes filles de Worms. Ce voyage, raconté dans tous ses détails par le poëte, s'accomplit non sans des dangers infinis, surtout au passage du Danube. Enfin, ils arrivent à Vienne en Autriche; le roi Etzel était venu jusque-là au-devant de Kriemhilt. L'entrevue est émouvante, le roi Etzel est ravi de la beauté de sa fiancée.

«Non loin de là s'élevait une tente magnifique. La plaine était couverte de pavillons de feuillage, où l'on devait se reposer après les fatigues du jour. Maintes belles jeunes filles y furent conduites par les chevaliers et à la suite de la reine, qui s'assit sur un siége garni d'étoffe. Le margrave s'était occupé d'arranger avec soin le siége de Kriemhilt. Le cœur d'Etzel en fut réjoui.

«J'ignore ce qu'Etzel dit en ce moment. Dans sa main droite il tenait la blanche main de la reine. Ils étaient assis côte à côte, tendrement. Mais Ruedigêr, la bonne épée, ne permit pas encore au roi de lui offrir son amour seul à seule.

«On fit cesser partout les tournois. Le grand fracas prit fin après de glorieux exploits. Les hommes d'Etzel se rendirent dans les huttes. On procura à tous des logements suffisants.

«Le jour était à sa fin. Chacun se livra au repos jusqu'à ce qu'on vit luire la brillante aurore. Alors les hommes se hâtèrent vers leurs chevaux. Ah! que de jeux sont entreprit en l'honneur du roi.

«Le roi commanda aux Hiunen de se préparer pour rendre à la reine les honneurs qu'on lui destinait. De Tulna on chevaucha vers la ville de Wiene, où l'on trouva grand nombre de dames très-bien vêtues. Elles reçurent avec de grands hommages la femme du roi Etzel.