«Quelle que fût la générosité des autres, elle n'était rien auprès de celle de Dietrîch. Il distribua tout ce que le fils de Botelung lui avait donné. La main du bon Ruedigêr fit aussi des merveilles.
«Le prince Blœdel de l'Ungerlant fit vider maints coffres pleins d'or et d'argent, dont on fit largesse. En vérité, les guerriers du roi vivaient bien grandement.
«Werbel et Swmel, les joueurs d'instrument du roi, gagnèrent chacun, je pense, au moins mille marcs et même davantage à cette fête, où la belle Kriemhilt porta la couronne à côté d'Etzel.
«Au matin du dix-huitième jour, ils partirent de Wiene. Dans les jeux chevaleresques bien des boucliers furent brisés par les lances que les héros portaient en leurs fortes mains. Le roi Etzel se mit en marche vers le Hiunen-lant.
«On passa la nuit dans l'antique Heimburc. Personne ne peut se figurer avec quelle puissance cette immense troupe chevauchait dans le pays. Et que de belles femmes aussi on allait trouver dans la patrie!
«Ils s'embarquèrent à Misenburc la riche. Le fleuve était couvert, aussi loin qu'on pouvait le voir couler, d'hommes et de chevaux en si grand nombre, qu'il semblait terre ferme. Les femmes fatiguées de la route jouirent là de la douceur du repos.
«Maints bons vaisseaux furent attachés ensemble, de façon à mettre tout le monde à l'abri des ondes et du courant. On tendit au-dessus de bonnes tentes: c'était comme si on se fût trouvé dans la plaine sur terre ferme.
«Ces nouvelles arrivèrent au burg d'Etzel, et hommes et femmes s'y réjouirent. La suite d'Helche, qui jadis servait cette princesse, passa depuis des jours heureux auprès de Kriemhilt.
«Là attendait plus d'une noble vierge qui depuis la mort d'Helche était dans la douleur. Kriemhilt y trouva sept filles de rois, dont la beauté ornait les États d'Etzel.
«La jeune dame Herrât dirigeait cette suite. Elle était fille de la sœur de Helche et riche en vertus, l'épouse de Dietrîch et l'enfant d'un noble roi, étant fille de Nentwin. Plus tard elle fut l'objet de grands honneurs.