«Son âme se réjouit de l'arrivée des étrangers; de grands préparatifs étaient faits pour les recevoir. Qui pourrait vous décrire la vie que le roi mena depuis? On n'avait pas mieux vécu chez les Hiunen du temps de l'autre reine.

«Quand le roi et sa femme eurent quitté les bords du fleuve, on dit le nom de ces dames à la noble Kriemhilt, qui les salua très-gracieusement. Oh! avec quelle puissance elle occupa la place d'Helche!

«Chacun lui offrit son loyal service; la reine distribua à pleines mains de l'or et des vêtements, de l'argent et des pierreries. Elle donna alors tout ce qu'elle avait apporté chez les Hiunen, de par-delà le Rhin.

«Aussi depuis lors, tous les parents et tous les hommes du roi lui furent-ils soumis avec dévouement, si bien que dame Helche ne leur commanda jamais d'une manière plus absolue, que ne le fit Kriemhilt jusqu'à sa mort.

«La cour et le pays vivaient si honorablement, qu'en tout temps on y trouvait des divertissements suivant le goût et l'humeur de chacun, par l'effet de la générosité du roi et de la bonté de la reine.»

XVIII

«Ils vécurent ensemble avec grand honneur jusqu'à la septième année. Pendant ce temps, la reine enfanta un fils; jamais le roi Etzel n'eut plus grande joie.

«Elle ne cessa de renouveler ses instances jusqu'à ce que l'enfant d'Etzel fût baptisé suivant la coutume chrétienne. Il fut nommé Ortliep. Il y eut grande réjouissance dans le pays d'Etzel.

«Toutes les bonnes vertus pratiquées par dame Helche, dame Kriemhilt s'efforçait maintenant de les imiter chaque jour de plus en plus. Herrât, la femme illustre, l'initiait aux usages; mais secrètement elle regrettait beaucoup Helche.

«La reine était bien connue des étrangers et des gens du pays qui disaient que jamais femme meilleure et plus douce ne posséda pays du roi. Ils tenaient cela pour certain. Elle mérita ainsi pendant treize ans les louanges des Hiunen.