«—Non, nous ne resterons pas, dit Gêrnôt; comment ne nous rendrions-nous pas à l'invitation que ma sœur et le puissant Etzel nous ont si gracieusement adressée? Qui ne désire y aller peut demeurer en ce pays.»

«Hagene répondit: «Quoique vous décidiez, que mes discours ne vous offensent point. Croyez-en mon conseil sincère, si vous voulez braver le péril, du moins vous n'irez chez les Hiunen qu'en bon état de défense.

«Puisque vous ne voulez pas renoncer à votre projet, convoquez vos hommes, les meilleurs que vous ayez, ou que vous puissiez vous procurer; et parmi eux je choisirai mille bons chevaliers. Ainsi l'inimitié de Kriemhilt ne pourra vous être dangereuse.

«—Je veux bien suivre cet avis,» dit aussitôt le roi. Il envoya des messagers au loin dans le pays, et trois mille guerriers et même plus encore accoururent. Ils ne pensaient pas que de si terribles infortunes allaient les atteindre.

«Ils chevauchaient gaiement par le pays de Gunther. On fit donner des vêtements et des chevaux à tous ceux qui allaient quitter le pays des Burgondes. Le roi trouva avec bonheur parmi eux maints bons chevaliers.

«Hagene de Troneje et Dancwart, son frère, amenèrent à eux deux quatre-vingts guerriers sur le Rhin. Ils arrivèrent en tenue de chevaliers dans le royaume de Gunther. Ils portaient riches armures et beaux vêtements, ces hommes agiles!

«Voici venir le hardi Volkêr, un noble joueur de viole, se rendant à la cour avec trente hommes qui portaient des costumes dignes d'un roi. Il fit dire à Gunther qu'il comptait aller chez les Hiunen.

«Je veux vous dire quel était ce Volkêr: c'était un homme de haute lignée. Beaucoup de bons guerriers du pays des Burgondes lui étaient soumis. Comme il savait jouer de la viole, on l'appelait le ménestrel.

«Hagene choisit mille guerriers. Il savait bien ce qu'avaient accompli leur bras dans les terribles mêlées et les exploits qu'ils avaient faits; car il les avait vus à l'œuvre. Nul ne pouvait contester leur valeur.

«Les envoyés de Kriemhilt avaient grand ennui; car ils craignaient beaucoup leur maître. Chaque jour ils demandaient congé afin de partir; mais Hagene ne le leur accordait point et il agissait ainsi par malice.