«Il dit à son seigneur: «Nous nous garderons bien de les laisser partir, avant que nous ne soyons prêts à les suivre nous-mêmes sept nuits après leur départ. Si quelqu'un nous veut du mal, nous en serons ainsi mieux instruits.
«Et par suite dame Kriemhilt ne pourra se préparer à nous faire éprouver du dommage par ses instigations. Et si elle en a le dessein, il pourra lui en coûter cher; nous conduirons avec nous vers les Hiunen tant d'hommes d'élite!»
«Les boucliers, les selles et tous les habillements qu'ils voulaient emporter dans le royaume d'Etzel étaient prêts pour tous ces guerriers hardis. On convoqua les envoyés de Kriemhilt en présence de Gunther.
«Quand ces messagers furent venus, Gêrnôt prit la parole: «Le Roi veut se rendre à l'invitation d'Etzel. Nous irons volontiers à la fête qu'il prépare, afin de voir notre sœur; n'ayez nul doute à cet égard.»
Le roi Gunther parla: «Pouvez-vous bien nous dire quand a lieu la fête et vers quel jour il nous faut y aller?» Swemel répondit: «En vérité, la fête est fixée au prochain solstice d'été.»
«Le roi les autorisa (ce qui n'était pas encore arrivé), s'ils désiraient voir dame Brunhilt, à se présenter devant elle de son consentement. Mais Volkêr s'y opposa pour l'amour de sa maîtresse.
«Ma dame Brunhilt n'est pas aujourd'hui en assez bonne disposition pour vous recevoir, dit le brave chevalier; attendez jusqu'à demain et on vous introduira près d'elle.» Quand ils comptaient la voir, cela ne pouvait jamais se faire.
«L'opulent roi, qui était très-bienveillant pour les messagers, leur fit porter, par grande générosité, de l'or sur de larges boucliers; il en possédait beaucoup! Leurs amis leur faisaient aussi de superbes présents.
«Gîselher et Gêrnôt, Gêre et Ortwîn faisaient voir combien ils étaient bons. Ils offrirent également aux messagers de riches présents que ceux-ci n'osèrent accepter, à cause de leur maître.
«Swemel dit alors au roi: «Seigneur roi, laissez là ces présents en votre pays; car nous ne pouvons rien emporter; notre maître nous a défendu d'accepter des dons, et en effet nous n'en avons guère besoin.»