«Le prince du Rhin était très-mécontent qu'ils refusassent ainsi les biens d'un roi si riche. Il leur fit accepter son or et ses vêtements, qu'ils emportèrent depuis au pays d'Etzel.
«Avant de partir, ils voulurent voir Uote. Le jeune Gîselher amena les joueurs de viole en présence de sa mère. La dame les chargea de dire à sa fille qu'elle se réjouissait de tous ces honneurs.
«La reine fit donner aux deux ménétriers de l'or et des galons, au nom de l'affection qu'elle portait à Kriemhilt et au roi Etzel. Ils les reçurent volontiers; car ces présents leur étaient donnés en toute loyauté.
«Alors les envoyés prirent congé des hommes et des femmes. Très-joyeusement, je puis vous l'assurer, il chevauchèrent jusqu'en Souabe. Gêrnôt les fit reconduire jusque-là par ses guerriers, afin que personne ne les attaquât.
«Quand ceux qui devaient veiller sur eux les eurent quittés, la puissance d'Etzel les protégea sur tous les chemins. Nul ne leur enleva ni chevaux ni vêtements. Ils se dirigèrent à grande vitesse vers le royaume des Hiunen.
«Partout où ils connaissaient des amis, ils leur annonçaient que bientôt les Burgondes viendraient des bords du Rhin dans le pays d'Etzel. La nouvelle en parvint aussi à l'évêque Pilgerim.
«Quand ils descendirent le chemin devant Bechelâren, on ne manqua pas d'avertir Ruedihêr et dame Gœtelint, la femme du margrave. Leur âme était joyeuse en pensant à ceux qu'ils allaient voir.
«On apercevait les joueurs de viole se hâtant de porter leurs nouvelles. Ils trouvèrent Etzel dans sa ville de Gran. Ils dirent au roi toutes les offres de service qu'on lui faisait; il en devint rouge de joie.
«Quand la reine apprit que ses frères viendraient dans ce pays, elle en fut toute heureuse. Elle récompensa les envoyés avec des dons magnifiques, car elle voulait les honorer grandement.
«Elle parla: «Maintenant dites-moi, vous deux, Werbel et Swemel, quels sont ceux de mes parents qui viendront à la fête, parmi les meilleurs que nous avons invités à se rendre en ce pays? Dites-moi aussi ce qu'a dit Hagene, quand il a appris la nouvelle?»