Enfin la veille de la fête, entre six et sept heures du soir, comme nous travaillions en silence, la lampe entre nous, tout à coup je pris ma résolution et je dis:

«Vous savez, monsieur Goulden, que je vous ai parlé d'un acheteur pour la petite montre en argent.

—Oui, Joseph, fit-il sans se déranger: mais il n'est pas encore venu.

—C'est moi, monsieur Goulden, qui suis l'acheteur.»

Alors il se redressa tout étonné. Je tirai les trente-cinq francs et je les posai sur l'établi. Lui me regardait.

«Mais, fit-il, ce n'est pas une montre pour toi, cela, Joseph; ce qu'il te faut, c'est une grosse montre, qui te remplisse bien la poche et qui marque les secondes. Ces petites montres-là, c'est pour les femmes.»

Je ne savais que répondre.

M. Goulden, après avoir rêvé quelques instants, se mit à sourire.

«Ah! bon, bon, dit-il, maintenant je comprends, c'est demain la fête de Catherine! Voilà donc pourquoi tu travaillais jour et nuit! Tiens, reprends cet argent, je n'en veux pas.»

J'étais tout confus.