—C'est assez, dit-elle en se levant et décrochant le manteau du mur; tu reviendras dimanche.
Il fallut bien remettre les gros souliers, les moufles et le manteau de M. Goulden.
J'aurais voulu faire durer cela cent ans; malheureusement la tante m'aidait. Quand j'eus le grand collet dressé contre les oreilles, elle me dit:
«Embrassons-nous, Joseph!»
Je l'embrassai d'abord, ensuite Catherine, qui ne disait plus rien. Après cela, j'ouvris la porte, et le froid terrible entrant tout à coup, m'avertit qu'il ne fallait pas attendre.
«Dépêche-toi, me dit la tante.
—Bonsoir, Joseph, bonsoir!... me criait Catherine: n'oublie pas de venir dimanche.»
Je me retournai pour agiter la main, puis je me mis à courir sans lever la tête, car le froid était tel que mes yeux en pleuraient derrière les grands poils du collet.
IV
À son retour il est rencontré par un gueux d'ivrogne qui le poursuit en le menaçant de le dénoncer au conseil de révision comme n'étant pas boiteux. Il lui échappe et rentre chez M. Goulden qu'il trouva consterné du 29e bulletin après la retraite de Moscou, annonçant l'anéantissement des 750,000 hommes de l'armée de Russie. M. Goulden charge son apprenti d'aller à sa place chez ses pratiques remonter les horloges. Joseph y va et trouve les rues et les églises encombrées de phalsbouriens et de paysans inquiets du sort de leurs pauvres enfants. Il monte au clocher pour revoir de loin la maison de sa tante Grédel aux Quatre-Vents, où il a été si heureux la veille avec Catherine. Puis tout à coup la pensée lui vint que s'il était parti l'année d'avant, Catherine serait aussi là pour prier et le redemander à Dieu. Il sentit son corps grelotter.