—Quel vinaigre? demanda M. Goulden.
—Celui de l'huilier, que j'ai bu pour être pâle, comme on raconte de mademoiselle Sclapp, l'organiste. Ô Dieu, quelle mauvaise idée j'ai eue!
—Cela ne t'empêchera pas d'être boiteux, dit M. Goulden; seulement tu voulais tromper le conseil, et ce n'est pas honnête? Mais voici neuf heures et demi qui sonnent: Werner est venu me prévenir hier que tu passerais à dix heures... Ainsi, dépêche-toi.»
Il me faut donc partir en cet état; le feu du vinaigre me sortait des joues. Lorsque je rencontrai la tante et Catherine, qui m'attendaient sous la voûte de la mairie, elles me reconnurent à peine.
«Comme tu as l'air content et l'air réjoui!» me dit la tante Grédel.
En entendant cela, j'aurais eu bien sûr une faiblesse, si le vinaigre ne m'avait pas soutenu malgré moi. Je montai l'escalier dans un trouble extraordinaire, sans pouvoir remuer la langue pour répondre, tant j'éprouvais d'horreur contre ma bêtise.
En haut, déjà plus de vingt-cinq conscrits, qui se prétendaient infirmes, étaient reçus, et plus de vingt-cinq autres, assis sur un banc contre le mur, regardaient à terre, les joues pendantes, en attendant leur tour.
Le vieux gendarme Kelz, avec son grand chapeau à cornes, se promenait de long en large; dès qu'il me vit, il s'arrêta comme émerveillé, puis il s'écria:
«À la bonne heure! à la bonne heure! au moins en voilà un qui n'est pas fâché de partir: l'amour de la gloire éclate dans ses yeux.»
Et me posant la main sur l'épaule: