En même temps elle tira de ma poche de derrière un bout de corde. Moi, de grosses gouttes de sueur me coulaient du front; Catherine était toute pâle, et c'est ainsi que nous retournâmes chez M. Goulden.

«Quel numéro as-tu, Joseph? me dit-il aussitôt.

—Dix-sept,» répondit la tante en s'asseyant les mains sur les genoux.

Un instant M. Goulden parut troublé, mais ensuite il dit:

«Autant celui-là qu'un autre... tous partiront... il faut remplir les cadres. Cela ne signifie rien pour Joseph. J'irai voir M. le Maire, M. le commandant de place... Ce n'est pas pour leur faire un mensonge; dire que Joseph est boiteux, toute la ville le sait, mais, dans la presse, on pourrait passer là-dessus. Voilà pourquoi j'irai les voir. Ainsi ne vous troublez pas... reprenez confiance.»

Ces paroles du bon M. Goulden rassurèrent la tante Grédel et Catherine, qui s'en retournèrent aux Quatre-Vents, pleines de bonnes espérances.

—J'avais entendu dire que le vinaigre donne des maux d'estomac, et sans en prévenir M. Goulden, dans ma peur j'avalai tout le vinaigre qui se trouvait dans la petite burette de l'huilier. Ensuite je m'habillai pensant avoir une mine de déterré, car le vinaigre était très-fort et me travaillait intérieurement. Mais en entrant dans la chambre de M. Goulden, à peine m'eut-il vu, qu'il s'écria:

«Joseph, qu'as-tu donc? tu es rouge comme un coq!»

En moi-même, m'étant regardé dans le miroir, je vis que, jusqu'à mes oreilles et jusqu'au bout de mon nez, tout était rouge. Alors je fus effrayé, mais au lieu de pâlir je devins encore plus rouge, et je m'écriai dans la désolation:

«Maintenant je suis perdu! Je vais avoir l'air d'un garçon qui n'a pas de défauts, et même qui se porte très-bien; c'est le vinaigre qui me monte à la tête.