La mère était sortie. Elle revint avec une grande galette encore chaude, et toute couverte de beurre frais à moitié fondu. C'est alors que je sentis combien j'avais faim; je me trouvai presque mal. Il paraît que ces bonnes gens le virent, car la femme me dit:

«Avant de manger, mon enfant, il faut sortir vos pieds de l'eau.»

Elle se baissa et m'essuya les pieds avec son tablier, avant que j'eusse compris ce qu'elle voulait faire.

Alors je m'écriai:

«Mon Dieu, madame, vous me traitez comme votre enfant.»

Elle répondit au bout d'un instant:

«Nous avons un fils à l'armée!»

J'entendis que sa voix tremblait en disant ces mots, et mon cœur se mit à sangloter intérieurement; je songeais à Catherine, à la tante Grédel, et je ne pouvais rien répondre.

«Mangez et buvez,» me dit l'homme en découpant la galette.

Ce que je fis avec un bonheur que je n'avais jamais connu. Tous deux me regardaient gravement. Quand j'eus fini, l'homme se leva: