«Oui, dit-il, nous avons un fils à l'armée; il est parti l'année dernière pour la Russie, et nous n'en avons pas eu de nouvelles... Ces guerres sont terribles!»

Il se parlait à lui-même en marchant d'un air rêveur, les mains croisées sur le dos. Moi, je sentais mes yeux se fermer.

Tout à coup l'homme dit:

«Allons, bonsoir.»

Il sortit; sa femme le suivit emportant le cuveau.

«Merci, leur criai-je; que Dieu ramène votre fils!»

Puis je me déshabillai, je me couchai et je m'endormis profondément.

Le lendemain, je m'éveillai vers sept heures. Un trompette sonnait le rappel au coin de la Capougner Strasse; tout s'agitait: on entendait passer des chevaux, des voitures et des gens. Mes pieds me faisaient encore un peu mal, mais ce n'était rien en comparaison des autres jours; quand j'eus mis des bas propres, il me sembla renaître, j'étais solide sur mes jambes, et je me dis en moi-même: «Joseph, si cela continue, tu deviendras un gaillard; il n'y a que le premier jour qui coûte.»

Je m'habillai dans ces heureuses dispositions.

La femme du boulanger avait mis sécher mes souliers près du four, après les avoir remplis de cendres chaudes, pour les empêcher de se racornir. Ils étaient bien graissés et luisants.