C'est tout ce que je me rappelle, car aussitôt après je perdis tout sentiment. Il me semble bien avoir entendu depuis comme un roulement d'orage, des cris, des commandements, et même avoir vu défiler dans le ciel la cime de grands sapins au milieu de la nuit; mais tout cela pour moi n'est qu'un rêve. Ce qu'il y a de sûr, c'est que derrière Salmunster, dans les bois de Hanau, fut livrée ce jour-là une grande bataille contre les Bavarois et qu'on leur passa sur le ventre.
XI
Le 15 janvier 1814, deux mois et demi après la bataille de Hanau, je m'éveillai dans un bon lit, au fond d'une petite chambre bien chaude; et, regardant les poutres du plafond au-dessus de moi, puis les petites fenêtres, où le givre étendait ses gerbes blanches, je me dis: «C'est l'hiver!»—En même temps, j'entendais comme un bruit de canon qui tonne, et le pétillement du feu sur un âtre. Au bout de quelques instants, m'étant retourné, je vis une jeune femme pâle assise près de l'âtre, les mains croisées sur les genoux, et je reconnus Catherine. Je reconnus aussi la chambre où je venais passer de si beaux dimanches, avant de partir pour la guerre. Le bruit du canon seul, qui revenait de minute en minute, me faisait peur de rêver encore.
Et longtemps je regardai Catherine, qui me paraissait bien belle; je pensais: «Où donc est la tante Grédel? Comment suis-je revenu au pays? Est-que Catherine et moi nous sommes mariés! Mon Dieu! pourvu que ceci ne soit pas un rêve!»
À la fin, prenant courage, j'appelai tout doucement: «Catherine!» Alors, elle, tournant la tête, s'écria:
«Joseph... tu me reconnais?
—Oui, lui dis-je en étendant la main.»
Elle s'approcha toute tremblante, et je l'embrassai longtemps. Nous sanglotions ensemble.
Et comme le canon se remettait à gronder, tout à coup cela me serra le cœur.
«Qu'est-ce que j'entends, Catherine? demandai-je.