«—Eh bien! maintenant vous m'en direz davantage. Le trésor des Nibelungen, qu'en avez-vous fait? Il m'appartenait, vous le savez très-bien. Voilà ce que vous auriez dû m'apporter, ici, au pays d'Etzel.

«—En vérité, ma dame Kriemhilt, il y a bien des jours que je n'ai visité le trésor des Nibelungen. Mes maîtres m'ordonnèrent de le couler dans le Rhin, et là il doit rester jusqu'au dernier jour.»

La Reine reprit: «Je l'avais bien pensé! Vous ne m'avez rien apporté en ce royaume, de tous ces biens qui étaient à moi et dont je disposais. Et à cause de cela, j'ai eu grande affliction et mainte sombre journée.

«—Je vous apporte le diable, dit Hagene. Je suis assez chargé de mon bouclier, de ma cotte de mailles, de mon heaume si brillant et de mon épée en ma main; voilà pourquoi je ne vous apporte rien.

«Je ne parle pas de la sorte parce que je désire plus d'or. J'en ai tant à donner que je puis me passer de vos dons. Un meurtre et deux vols, commis à mes dépens, voilà ce dont moi, infortunée, je voudrais recevoir satisfaction.»

Alors la Reine s'adressa à tous les guerriers: «On ne portera aucune arme dans la salle. Vous, héros, vous me les remettrez. Je les ferai bien garder.»—Par ma foi, dit Hagene, il n'en sera point ainsi.

«Non, douce fille de Roi, je ne désire point cet honneur, que vous portiez au logis mon bouclier et les autres pièces de mon armure. Vous êtes une Reine! Mon père ne m'apprit pas cela. Je veux être mon propre camérier!

«—Hélas! ô douleur! dit dame Kriemhilt, pourquoi mon frère et Hagene ne veulent-ils pas donner à garder leurs boucliers? Ils sont prévenus. Si je savais qui l'a fait, je le vouerais à la mort.»

À ces mots le seigneur Dietrîch répondit avec colère: «C'est moi qui ai averti ces riches et nobles princes et l'audacieux Hagene, le guerrier burgonde. Mais, femme de l'enfer, vous ne m'en ferez pas porter la peine.»

La femme d'Etzel fut saisie de confusion. Elle craignait terriblement Dietrîch. Elle le quitta aussitôt sans dire un mot; mais elle lança sur ses ennemis des regards furieux.