En ce moment, deux guerriers se prirent par la main. L'un était le seigneur Dietrîch et l'autre Hagene. Le héros très-magnanime parla courtoisement: «Votre arrivée chez les Hiunen m'afflige véritablement, parce que la Reine vous a parlé de la sorte.»—Hagene de Troneje répondit: «Nous aviserons à tout cela.» Ils s'avancèrent chevauchant côte à côte, ces deux hommes vaillants. Ce que voyant, le roi Etzel se prit à interroger:
«Je voudrais bien savoir, dit le Roi très-puissant, quel est le chef que le sire Dietrîch a reçu là si amicalement. Il porte le cœur haut: quel que soit son père, il est certes un bon guerrier!»
Un des fidèles de Kriemhilt répondit au Roi: «Il est né à Troneje. Son père se nomme Aldriân. Quelque gracieusement qu'il se comporte, c'est un homme terrible. Je vous ferai bientôt remarquer, que je ne vous ai pas menti.
«—Comment connaîtrais-je qu'il est si terrible?» dit le Roi: il ignorait encore tous les piéges cruels dans lesquels la Reine entraîna depuis ses parents, au point qu'elle n'en laissa pas un s'en retourner de chez les Hiunen.
«Je connais bien Aldriân, car il fut mon homme-lige. Il s'acquit ici, près de moi, gloire et grand honneur. Je le fis chevalier et lui donnai mon or. Comme il m'était fidèle, je lui devais être attaché; c'est pourquoi je connais tout ce qui regarde Hagene. Deux beaux enfants étaient en otages chez moi, lui et Walter d'Espagne. Ici ils devinrent hommes. Je renvoyai Hagene en sa patrie. Walter s'enfuit avec Heltegunt.»
Il se remémorait ainsi des faits qui s'étaient passés autrefois. Il revoyait son ami de Troneje, qui dans sa jeunesse lui avait rendu de grands services. Bientôt, en sa vieillesse, Hagene lui tua maint ami très-chéri.
XXIII
Les deux héros dignes de louange se quittèrent, Hagene de Troneje et le seigneur Dietrîch. L'homme-lige du roi Gunther regarda par-dessus son épaule pour chercher un compagnon de guerre, qu'il trouva aussitôt.
Il vit, se tenant près de Gîselher, Volkêr le beau joueur de viole. Il le pria de l'accompagner, car il connaissait bien son humeur belliqueuse. Volkêr était de tout point un chevalier bon et vaillant.
Ils laissèrent les chefs à la cour. On les vit partir seuls, à eux deux, traverser la cour et se diriger à quelque distance de là vers un vaste palais. Les guerriers d'élite ne craignaient l'inimitié de personne.