Ils s'assirent devant cette demeure, sur un banc, en face d'une salle où se tenait Kriemhilt. Leurs magnifiques armures répandaient leur éclat autour de leur personne. Beaucoup de ceux qui les voyaient auraient voulu les connaître.

Les Hiunen considéraient avec stupéfaction les audacieux héros, comme on considère des bêtes fauves. La femme d'Etzel les regarda par la fenêtre. L'âme de la belle Kriemhilt fut affligée à leur vue.

Cela la faisait penser à ses souffrances; elle se prit à pleurer. Les hommes d'Etzel s'étonnaient de ce qui pouvait ainsi assombrir son cœur. Elle dit: «Hagene en est la cause, héros vaillants et bons.»

Ils répondirent à la dame: «Comment cela s'est-il fait? car naguère encore nous vous avons vue joyeuse. Quelque brave que soit celui qui vous a affligée, dites-nous de vous venger, et il lui en coûtera la vie.

«—À celui qui vengera mon offense, toujours je serai obligée. Je suis prête à lui accorder tout ce qu'il désirera. Je vous en prie à genoux, ajouta la femme du Roi, vengez-moi de Hagene, et qu'il perde la vie!»

Aussitôt soixante hommes hardis ceignirent l'épée. Pour l'amour de Kriemhilt, ils voulaient aller trouver Hagene et tuer ce guerrier très-vaillant, ainsi que le joueur de viole. Ils se consultèrent à cet effet.

La Reine, voyant la troupe si peu nombreuse, dit aux guerriers d'une humeur irritée: «Quittez la résolution que vous avez prise. Jamais vous ne pourriez lutter en si petit nombre contre le terrible Hagene.

«Mais quelque vaillant et quelque fort que soit Hagene de Troneje, celui qui est assis près de lui, Volkêr le joueur de viole est encore beaucoup plus fort. C'est un homme terrible. Non, vous ne devez pas attaquer si légèrement ces héros.»

Quand ils entendirent cela, un plus grand nombre d'entre eux, quatre cents s'armèrent. La superbe Reine se réjouissait à l'idée du mal qu'elle allait infliger à ses ennemis. Il en résulta maints soucis aux guerriers.

Quand elle vit sa troupe bien armée, la Reine parla aux héros rapides: «Maintenant, attendez encore. Demeurez ici en paix. Je m'avancerai portant la couronne, vers mes ennemis.