«Connal était un guerrier d'Albion. Cent collines obéissaient à ses lois. Son chevreuil buvait à son choix l'onde de mille ruisseaux. Mille rochers répondaient aux aboiements de ses dogues. Les grâces de la jeunesse étaient sur son visage: son bras était la mort des héros. Une belle fut l'objet de son amour: elle était belle, la fille du puissant Comlo; elle paraissait au milieu des autres femmes comme un astre éclatant: sa chevelure était noire comme l'aile du corbeau; ses chiens étaient dressés à la chasse: elle savait tendre l'arc et faire siffler la flèche dans les forêts. Le choix de son cœur se fixa sur Connal. Souvent leurs regards amoureux se rencontraient; ils chassaient ensemble, et le bonheur était dans leurs entretiens secrets; mais cette belle fut aimée du féroce Grumal. Cet ennemi de l'infortuné Connal épiait les pas de son amante.
«Un jour, fatigués de la chasse, et séparés de leurs amis que le brouillard dérobait à leurs yeux, Connal et la fille de Comlo vinrent se reposer dans la grotte de Ronan: c'était l'asile ordinaire de Connal: les armes de ses pères y étaient suspendues: leurs boucliers y brillaient auprès de leurs casques d'acier.
«Repose ici, dit Connal, repose, ô Galvina, mes amours. Un chevreuil paraît sur le front du Mora; j'y cours, et bientôt je reviens vers toi.
«—Je crains, lui dit-elle, le noir Grumal, mon ennemi; il vient souvent à la grotte de Ronan: je vais me reposer au milieu de tes armes; mais reviens promptement, ô mon bien-aimé.»
Tandis que Connal poursuit le chevreuil, Galvina veut éprouver son amant; elle prend ses vêtements et son armure, et sort de la grotte. Connal l'aperçut et la prit pour son ennemi. Son cœur bat et s'irrite; il pâlit de fureur; un nuage s'épaissit sur ses yeux: il bande l'arc, la flèche vole: Galvina tombe dans son sang. Connal court à pas précipités à la grotte; il appelle Galvina: nulle réponse dans le rocher solitaire. «Où es-tu, ô ma bien-aimée?» Il reconnaît à la fin que c'est elle dont le cœur palpite sous le trait fatal. «Ô Galvina! est-ce toi?...» Il tombe et s'évanouit sur le sein de son amante.
«Les chasseurs trouvèrent ce couple infortuné, et secoururent Connal. Il promena depuis ses pas sur la colline; mais il errait sans cesse dans un morne silence autour de la tombe de son amante. L'Océan vomit sur la côte une flotte ennemie. Il combattit; les étrangers prirent la fuite: il cherchait partout la mort dans la mêlée; mais quel bras pouvait la donner au puissant Connal? Il jette son bouclier et combat nu. Une flèche atteignit enfin son sein robuste... Il dort en paix à côté de sa chère Galvina, au bruit des flots du rivage; et le matelot découvre en passant leurs tombes revêtues de mousse, lorsqu'il vogue sur les mers du Nord.
«J'aime les chants des bardes, dit Cuchullin. Je me plais à entendre les récits des temps passés. Ils sont pour moi comme le calme du matin et la fraîcheur de la rosée qui humecte les collines lorsque le soleil ne jette sur leur penchant que des rayons languissants et que le lac est bleuâtre et tranquille au fond du vallon. Ô Carril! élève encore ta voix, et fais entendre à mon oreille les chants de Tura, ces chants de joie dont retentit mon palais, lorsque Fingal assistait à mes fêtes et que je le voyais s'enflammer au récit des exploits de ses pères.
«Fingal, chanta Carril, toi, héros des combats, tes actions guerrières signalèrent ta première jeunesse. Loclin fut consumé du feu de ta colère dans cet âge où ta beauté le disputait à celle de nos jeunes filles. Elles souriaient aux grâces épanouies sur le visage du jeune héros; mais la mort était dans ses mains: il était fort et terrible comme les eaux du Lora. Ses guerriers impétueux le suivaient. Ils vainquirent et enchaînèrent Starno, roi de Loclin; mais ils le rendirent à ses vaisseaux; son cœur était gonflé d'orgueil et de ressentiment; il méditait au fond de son âme ténébreuse la mort du jeune vainqueur, car jamais, jamais nul autre que Fingal n'avait dompté la force du puissant Starno. Starno, rentré dans ses forêts de Loclin, s'assit dans la salle où il donnait ses fêtes; il appelle Snivan, vieillard aux cheveux blancs, qui chanta plus d'une fois autour du cercle de Loda. Au son de sa voix, la pierre sacrée du pouvoir[12] était émue, et la fortune des combats changeait dans la plaine des braves.
«Vieillard, dit Starno, va sur les rochers d'Arven que la mer environne. Dis à Fingal, dis à ce roi du désert, le plus beau de tous les guerriers, que je lui donne ma fille, ma fille, la plus aimable des belles. Son sein a la blancheur de la neige, ses bras, celle de mes flots écumants; son âme est douce et généreuse. Qu'il vienne, accompagné de ses plus vaillants héros, s'unir à ma fille élevée dans la retraite de mon palais.
«Snivan arrive aux monts d'Albion, Fingal part; son cœur, enflammé par l'amour, devance le vol de ses vaisseaux sur les vagues du Nord.