«J'allai sur la colline et je fis le partage des troupeaux: il restait une génisse blanche comme la neige: je la donnai à Caïrbar. À cette préférence, la Deugala s'alluma.
«—Fils de Daman, dit cette belle, Cuchullin afflige mon âme. Je veux être témoin de sa mort, ou les flots de Lubar vont rouler sur moi. Mon pâle fantôme te poursuivra sans relâche et te reprochera l'outrage dont Cuchullin a blessé mon âme jalouse. Verse le sang de Cuchullin, ou perce mon sein.
«—Deugala, répondit le jeune homme à la belle chevelure, comment pourrais-je donner la mort au fils de Semo? Il est mon ami, le confident de mes plus secrètes pensées, et je lèverais mon épée contre lui!»
«Trois jours entiers, elle le fatigua de ses larmes; le quatrième, il consentit à combattre.
«Eh bien, Deugala, je combattrai mon ami; mais puissé-je tomber sous ses coups! Ah! pourrai-je errer sur la colline et soutenir la vue du tombeau de Cuchullin?»
«Nous combattîmes sur les collines de Muri. Nos épées évitaient de blesser; elles glissaient sur l'acier de nos casques, ou frappaient vainement nos boucliers, Deugala était présente, et souriait.
«—Fils de Daman, dit-elle, ton bras est faible; jeune homme, les années ne t'ont pas donné la force de manier le fer; cède la victoire au fils de Semo. Il est pour toi le rocher de Malmor.»
«À ces mots, les yeux du jeune homme se remplirent de larmes; d'une voix entrecoupée de sanglots, il me dit: «Cuchullin, oppose ton bouclier; défends-toi contre la main de ton ami. Mon âme est accablée de douleur; il faut que ce soit moi qui donne la main au premier des mortels.»
«Je poussai un soupir profond; je levai le tranchant de ma lame: le jeune Ferda tomba sur la terre, Ferda, le premier des amis de Cuchullin. Malheureuse est la main de Cuchullin, depuis qu'elle a donné la mort à ce jeune héros.
«Ton récit, ô chef des guerriers, est triste et touchant, dit le barde Carril. Il fait rétrograder ma pensée vers les temps qui ne sont plus; j'ai souvent ouï parler de Connal, qui, comme toi, eut le malheur de tuer son ami; mais la victoire n'en suivit pas moins les coups de sa lance, et les ennemis disparaissaient devant lui.»