«Les deux héros se réunirent contre l'ennemi, et les étrangers de l'Océan prirent la fuite. Quels noms plus illustres dans Inisfail que les noms de Caïrbar et de Grudar; mais, hélas! pourquoi ce fatal taureau mugit-il encore sur la montagne de Golban? Ils l'aperçurent bondissant et blanc comme la neige; sa vue ralluma leur fureur.

«Ils combattirent sur le gazon des rives du Lubar. Le jeune et brillant Grudar tomba. Le farouche Caïrbar vint aux vallons retentissants de Tura, où Brassolis, la plus belle de ses sœurs, triste et seule, soupirait des chants de douleur. Elle chantait les actions de Grudar, jeune objet des sentiments secrets de son cœur. Elle déplorait les dangers qu'il courait dans la plaine sanglante des combats; mais elle n'avait pas encore désespéré de son retour. Sa robe entr'ouverte laissait voir son beau sein, comme on voit la lune sortir à demi des nuages de la nuit. La harpe est moins douce que sa voix, lorsqu'elle chantait sa douleur. Grudar occupait toute son âme; c'était lui qu'en secret cherchaient toujours ses regards. «Quand reviendras-tu dans tout l'éclat de tes armes, ô guerrier puissant dans les combats!»

«Caïrbar survient, et lui dit: «Prends, Brassolis, prends ce bouclier ensanglanté: suspends-le au haut de ma demeure; c'est l'armure de mon ennemi...» À ces mots, son tendre cœur palpite: pâle, éperdue, elle vole au champ de bataille; elle trouve son jeune amant baigné dans son sang; elle expire, à cette vue, sur la fougère du Cromla. C'est ici que reposent leurs cendres, Cuchullin, et ces deux ifs solitaires, nés sur leurs tombes, cherchent, en s'élevant, à unir leurs rameaux. Brassolis était la beauté de la plaine, et Grudar l'ornement de la colline. Les bardes conserveront leurs noms, et les rediront aux siècles à venir.

«—Ta voix est pleine de charme, ô Carril! dit le chef d'Erin, et j'aime à entendre les récits des temps passés. Ils plaisent à mon oreille comme la douce ondée du printemps, lorsque le soleil luit sur la plaine, et que les nuages légers volent sur la cime des montagnes. Ô barde! prends ta harpe pour célébrer mes amours: chante cette belle solitaire, cet astre de Dunscar; accompagne de ta harpe les louanges de Bragela, de celle que j'ai laissée dans l'île des Brouillards: épouse du fils de Semo, lèves-tu ta belle tête au haut du rocher, pour découvrir les vaisseaux de Cuchullin? Une vaste mer roule ses flots entre ton époux et toi. La blanche écume de ses vagues trompera tes yeux; tu les prendras pour les voiles de ma flotte. Retire-toi, car il est nuit; retire-toi, mon amour, les vents de la nuit sifflent dans ta chevelure; retire-toi dans le palais de mes fêtes, et rêve aux temps passés. Je ne retournerai point dans tes bras que la tempête de la guerre ne soit apaisée. Ô Connal, parle-moi de guerres et de combats; bannis-la de ma pensée; car elle m'est trop chère, la fille de Sorglan, au sein d'albâtre, à la noire chevelure.

«—Défie-toi des enfants de l'Océan, répondit le grave et prudent Connal: envoie une troupe de tes guerriers observer dans la nuit l'armée de Swaran. Cuchullin, je suis pour la paix, jusqu'à l'arrivée des enfants de Morven, jusqu'à ce que Fingal, le premier des héros, paraisse, comme l'astre du jour, sur nos plaines.

«Le héros sonna l'alarme sur son bouclier: les guerriers, nommés pour veiller pendant la nuit, se mirent en marche. Le reste de l'armée, couché sur la colline, dormait dans les ténèbres, au murmure des vents. Les ombres des guerriers récemment décédés erraient devant eux, portées sur leurs nuages; et, dans le lointain, dans le vaste silence de Lena, on entendait les voix grêles des fantômes, présages de la mort.»

Le second chant, parmi ses épisodes, contient celui de la mort touchante de Gaïna, épouse du chef des plaines d'Ullin, et de Connal, son amant:

«Deugala était l'épouse de Caïrbar, chef des plaines d'Ullin: elle brillait de tout l'éclat de la beauté; mais son cœur était l'asile de l'orgueil: elle aima le jeune fils de Daman.

«—Caïrbar, dit-elle, donne-moi la moitié de nos troupeaux; je ne veux plus demeurer avec toi. Fais le partage.

«—Que ce soit Cuchullin, dit Caïrbar, qui fasse les lots; son cœur est le siége de la justice. Pars, astre de beauté.»