Lasso a me, quando io son la dove sia
Quell' angelico, altero e dolce volto,
Il freddo sangue intorno al core accolto
Lascia senza color la faccia mia:
Poi mirando la sua, mi par si pia
Ch' io prendo ardire, e torna il valor tolto,
Amor ne' raggi de' begli occhi involto
Mostra al mio tristo cor la cieca via;
E parlandogli alhor, dice, io ti giuro
Pel santo lume di questi occhi belli
Del mio stral forza, e del mio regno onore,
Ch' io saro sempre teco; e ti assicuro
Esser vera pieta che mostran quelli:
Credogli lasso! e da me fugge il cor.
[17]: Le sonnet suivant exprime bien tous ces sentiments:
Cherchi chi vuol le pompe, e gli alti onori,
Le piazze, e tempi, e gli edifici magni,
Le delicie, il tesor qual accompagni
Mille duri pensier, mille dolori:
Un verde praticel, pien di bei fiori,
Un rivolo che l'herba intorno bagni,
Un angeletto che d'amor si lagni,
Acqueta molto meglio i nostri ardori:
L'ombrose selve, i sassi, e gli alti monti,
Gli antri oscuri, e le fere fuggitive,
Qualche leggiadra ninfa paurosa;
Quivi veggo io con pensier vaghi e pronti,
Le belle luci, come fossin vive.
Qui me le toglie or una or altra cossa.
[18]: Val. in Vita Laur., p. 8.
[19]: Ricordi di Lor., Appendix, no xi.
[20]: Cette femme, qui inspira une si forte passion à Molière, et qui le rendit si malheureux, n'avait pas une beauté régulière; voici le portrait que Molière en a fait lui-même à une époque où elle lui avait déjà causé beaucoup de chagrins: «Elle a les yeux petits, mais elle les a pleins de feu, les plus brillants, les plus perçants du monde; les plus touchants qu'on puisse voir. Elle a la bouche grande, mais on y voit des grâces qu'on ne voit point aux autres bouches. Sa taille n'est pas grande, mais elle est aisée et bien prise. Elle affecte une nonchalance dans son parler et dans son maintien, mais elle a grâce à tout cela, et ses manières ont je ne sais quel charme à s'insinuer dans les cœurs. Enfin son esprit est du plus fin et du plus délicat; sa conversation est charmante, et si elle est capricieuse autant que personne du monde, tout sied bien aux belles, on souffre tout des belles.» (Bourgeois gentilhomme, acte III, scène ix.) Élève de Molière, elle devint une excellente actrice: sa voix était si touchante, qu'on eût dit, suivant un auteur contemporain, qu'elle avait véritablement dans le cœur la passion qui n'était que dans sa bouche. «Remarquez, dit-il, que la Molière et La Grange font voir beaucoup de jugement dans leur récit, et que leur jeu continue encore lors même que leur rôle est fini. Ils ne sont jamais inutiles sur le théâtre: ils jouent presque aussi bien quand ils écoutent que quand ils parlent. Leurs regards ne sont pas dissipés, leurs yeux ne parcourent pas les loges. Ils savent que leur salle est remplie, mais ils parlent et ils agissent comme s'ils ne voyaient que ceux qui ont part à leur action; ils sont propres et magnifiques sans rien faire paraître d'affecté. Ils ont soin de leur parure, et ils n'y pensent plus dès qu'ils sont sur la scène. Et si la Molière retouche parfois à ses cheveux, si elle raccommode ses nœuds et ses pierreries, ces petites façons cachent une satire judicieuse et naturelle. Elle entre par là dans le ridicule des femmes qu'elle veut jouer; mais enfin, avec tous ces avantages, elle ne plairait pas tant, si sa voix était moins touchante: elle en est si persuadée elle-même, que l'on voit bien qu'elle prend autant de divers tons qu'elle a de rôles différents.»
[21]: Cependant, ce ne fut pas sans se faire une grande violence que Molière résolut de vivre avec elle dans cette indifférence. Il y rêvait un jour dans son jardin d'Auteuil, quand son ami Chapelle, qui s'y promenait par hasard, l'aborda, et le trouvant plus inquiet que de coutume, il lui en demanda plusieurs fois le sujet. Molière, qui eut quelque honte de se sentir si peu de constance pour un malheur si fort à la mode, résista autant qu'il put; mais, comme il était alors dans une de ces plénitudes de cœur si connues par les gens qui ont aimé, il céda à l'envie de se soulager et avoua de bonne foi à son ami que la manière dont il était forcé d'en user avec sa femme était la cause de cet abattement où il se trouvait. Chapelle, qui croyait être au-dessus de ces sortes de choses, le railla sur ce qu'un homme comme lui, qui savait si bien peindre le faible des autres, tombait dans celui qu'il blâmait tous les jours, et lui fit voir que le plus ridicule de tous était d'aimer une personne qui ne répond pas à la tendresse qu'on a pour elle. «Pour moi, lui dit-il, je vous avoue que si j'étais assez malheureux pour me trouver en pareil état, et que je fusse fortement persuadé que la même personne accordât des faveurs à d'autres, j'aurais tant de mépris pour elle, qu'il me guérirait infailliblement de ma passion. Encore avez-vous une satisfaction que vous n'auriez pas si c'était une maîtresse; et la vengeance, qui prend ordinairement la place de l'amour dans un cœur outragé, vous peut payer tous les chagrins que vous cause votre épouse, puisque vous n'avez qu'à l'enfermer; ce sera un moyen assuré de vous mettre l'esprit en repos.»
Molière, qui avait écouté son ami avec assez de tranquillité, l'interrompit pour lui demander s'il n'avait jamais été amoureux. «Oui, lui répondit Chapelle, je l'ai été comme un homme de bon sens doit l'être: mais je ne me serais jamais fait une si grande peine pour une chose que mon honneur m'aurait conseillé de faire, et je rougis pour vous de vous trouver si incertain.—Je vois bien que vous n'avez encore rien aimé, lui répondit Molière, et vous avez pris la figure de l'amour pour l'amour même. Je ne vous rapporterai point une infinité d'exemples qui vous feraient connaître la puissance de cette passion. Je vous ferai seulement un fidèle récit de mon embarras, pour vous faire comprendre combien on est peu maître de soi-même, quand elle a une fois pris sur nous un certain ascendant que le tempérament lui donne d'ordinaire. Pour vous répondre donc sur la connaissance parfaite que vous dites que j'ai du cœur de l'homme par les portraits que j'en expose tous les jours, je demeurerai d'accord que je me suis étudié autant que j'ai pu à connaître leur faible; mais si ma science m'a appris qu'on pouvait fuir le péril, mon expérience ne m'a que trop fait voir qu'il est impossible de l'éviter: j'en juge tous les jours par moi-même. Je suis né avec les dernières dispositions à la tendresse; et, comme j'ai cru que mes efforts pourraient lui inspirer, par l'habitude, des sentiments que le temps ne pourrait détruire, je n'ai rien oublié pour y parvenir. Comme elle était encore fort jeune quand je l'épousai, je ne m'aperçus pas de ses méchantes inclinations, et je me crus un peu moins malheureux que la plupart de ceux qui prennent de pareils engagements: aussi le mariage ne ralentit point mes empressements; mais je lui trouvai tant d'indifférence, que je commençai à m'apercevoir que toute ma précaution avait été inutile, et que ce qu'elle sentait pour moi était bien éloigné de ce que j'aurais souhaité pour être heureux. Je me fis à moi-même ce reproche sur une délicatesse qui me semblait ridicule dans un mari, et j'attribuai à son humeur ce qui était un effet de son peu de tendresse pour moi; mais je n'eus que trop de moyens de m'apercevoir de mon erreur, et la folle passion qu'elle eut peu de temps après pour le comte de Guiche fit trop de bruit pour me laisser dans cette tranquillité apparente. Je n'épargnai rien, à la première connaissance que j'en eus, pour me vaincre moi-même, dans l'impossibilité que je trouvai à la changer; je me servis pour cela de toutes les forces de mon esprit; j'appelai à mon secours tout ce qui pouvait contribuer à ma consolation. Je la considérai comme une personne de qui tout le mérite est dans l'innocence, et qui, par cette raison, n'en conservait plus depuis son infidélité. Je pris, dès lors, la résolution de vivre avec elle comme un honnête homme qui a une femme coquette, et qui est bien persuadé, quoi qu'on puisse dire, que sa réputation ne dépend point de la méchante conduite de son épouse; mais j'eus le chagrin de voir qu'une personne sans beauté, qui doit le peu d'esprit qu'on lui trouve à l'éducation que je lui ai donnée, détruisait en un moment toute ma philosophie. Sa présence me fit oublier toutes mes résolutions, et les premières paroles qu'elle me dit pour sa défense me laissèrent si convaincu que mes soupçons étaient mal fondés, que je lui demandai pardon d'avoir été si crédule. Cependant mes bontés ne l'ont point changée. Je me suis donc déterminé à vivre avec elle comme si elle n'était pas ma femme: mais si vous saviez ce que je souffre, vous auriez pitié de moi. Ma passion est venue à un tel point, qu'elle va jusqu'à entrer avec compassion dans ses intérêts; et quand je considère combien il m'est impossible de vaincre ce que je sens pour elle, je me dis en même temps qu'elle a peut-être une même difficulté à détruire le penchant qu'elle a d'être coquette, et je me trouve plus dans la disposition de la plaindre que de la blâmer. Vous me direz sans doute qu'il faut être fou pour aimer de cette manière; mais, pour moi, je crois qu'il n'y a qu'une sorte d'amour, et que les gens qui n'ont point senti de semblable délicatesse n'ont jamais aimé véritablement. Toutes les choses du monde ont du rapport avec elle dans mon cœur: mon idée en est si fort occupée, que je ne fais rien en son absence qui m'en puisse divertir. Quand je la vois, une émotion et des transports qu'on peut sentir, mais qu'on ne saurait exprimer, m'ôtent l'usage de la réflexion; je n'ai plus d'yeux pour ses défauts; il m'en reste seulement pour tout ce qu'elle a d'aimable. N'est-ce pas là le dernier point de la folie? Et n'admirez-vous pas que tout ce que j'ai de raison ne sert qu'à me faire connaître ma faiblesse sans en pouvoir triompher?—Je vous avoue à mon tour, lui dit son ami, que vous êtes plus à plaindre que je ne pensais; mais il faut tout espérer du temps. Continuez cependant à faire vos efforts; ils feront leur effet lorsque vous y penserez le moins. Pour moi, je vais faire des vœux afin que vous soyez bientôt content.» Là-dessus, il se retira et laissa Molière, qui rêva encore fort longtemps aux moyens d'amuser sa douleur.» (La Fameuse Comédienne, ou Histoire de la Guérin, auparavant femme de Molière.)
[22]: Heur pour bonheur. «Heur, dit la Bruyère, se plaçait où bonheur ne pouvait entrer; il a fait heureux, qui est si français, et il a cessé de l'être. Si quelques poëtes s'en sont servis, c'est moins par choix que par la contrainte de la mesure.» Molière est, je crois, le dernier qui ait fait usage de ce mot, que son exemple et les regrets de la Bruyère n'ont pu nous conserver.
[23]: Arnolphe, en humiliant Agnès par la dureté de ce discours, oublie qu'Horace la charmait tout à l'heure en lui disant les mots les plus gentils du monde. C'est ainsi que l'auteur prépare d'une manière admirable la scène iv du cinquième acte, dans laquelle la jeune fille déclarera naïvement qu'elle a été frappée de ce contraste. Arnolphe paraîtra d'autant plus ridicule alors, que son caractère aura été mieux établi ici. Le comique de ce rôle ne résulte pas, comme les commentateurs l'ont cru, de l'amour et de l'âge d'Arnolphe. Jamais l'amour seul n'a pu rendre ridicule un homme de quarante-deux ans, et c'est l'âge d'Arnolphe. Cette observation est si juste, que Molière nous a montré, dans l'Ariste de l'École des maris, un personnage beaucoup plus âgé, et cependant aimé de Léonor, qui lui dit, dans une effusion de tendresse: