Si vous voulez satisfaire mes vœux,
Un saint nœud dès demain nous unira tous deux.

tandis que Sganarelle, trompé par Isabelle, est un personnage fort ridicule, quoique âgé de vingt ans de moins qu'Ariste. Le comique du rôle d'Arnolphe ne résulte donc ni de son amour ni de son âge; il naît tout naturellement du faux système qui l'égare et qui le fait agir sans cesse contre ses plus chers intérêts. Préoccupé des précautions qu'il a prises, il croit, sans examen, qu'Agnès est aussi stupide qu'il le souhaite, et tous ses discours tendent à entretenir cette stupidité. C'est ainsi qu'en humiliant l'esprit de celle qu'il aime, en opprimant son cœur sous le poids d'une triste reconnaissance, il marche directement contre le but qu'il se propose. Il songe à inspirer de la crainte, du respect; il oublie d'inspirer de l'amour; il veut intimider l'esprit et ne sait pas gagner le cœur. En un mot, l'opposition qui existe entre son véritable intérêt et l'intérêt de calcul et de système fait tout le brillant, tout le comique de ce rôle plein de verve et d'énergie. On sait que Lekain disait que le rôle d'Arnolphe devait lui appartenir.

[24]: Tout ce discours est supérieurement écrit. Ceux qui ont dit que les vers de Molière étaient inférieurs à sa prose ne se sont pas montrés justes appréciateurs de son génie. À commencer du Cocu imaginaire, ses vers peuvent être regardés comme un modèle de style comique. On a dit encore que Boileau préférait la prose de Molière à ses vers, et l'on a oublié qu'il l'a loué comme grand poëte dans la satire qu'il lui a adressée.

[25]: Molière a pris la peine de répondre lui-même, dans la Critique de l'École des femmes, à ceux qui l'accusaient de tourner, dans ce discours, la religion en ridicule. «Pour le discours moral, dit-il, que vous appelez un sermon, il est certain que de vrais dévots, qui l'ont ouï, n'ont pas trouvé qu'il choquât ce que vous dites, et sans doute que les paroles d'enfer et de chaudières bouillantes sont assez justifiées par l'extravagance d'Arnolphe et par l'innocence de celle à qui il parle.»

[26]: En écoutant ce discours, on rit également et de l'abus qu'Arnolphe fait de son esprit et du peu d'effet qu'il produit. Dans ces deux scènes, Agnès ne prononce pas un mot: elle écoute, elle obéit; mais elle ne se laisse pas persuader.

[27]: «Molière s'est peint lui-même dans le Misanthrope, vertueux, mais peu aimé, à cause de son manque de complaisance pour les faiblesses des autres; il a également représenté Chapelle sous le nom de Philinte, qui, étant d'une humeur plus liante, voit les défauts d'un chacun sans s'irriter.» Cette assertion est appuyée par une multitude de faits que nous recueillerons dans la suite de notre commentaire. On sait que Molière travaillait toujours d'après nature, et que la facilité de Chapelle, qui était son ami d'enfance, le désolait. Il lui disait souvent: «Vous êtes tout aimable, mais vous prodiguez vos agréments à tout le monde, et vos amis ne vous ont plus d'obligation lorsque vous leur donnez ce que vous sacrifiez au premier venu.» La véhémente sortie d'Alceste nous représente donc ici au naturel une des discussions de Chapelle et de Molière.

[28]: Cette réplique de Célimène est un modèle de récrimination satirique; on ne peut pas mieux repousser l'offense par l'offense, et payer, comme on dit, une personne en même monnaie. Célimène a son histoire toute prête et ses garants tout trouvés pour opposer à ceux d'Arsinoé. Celle-ci a cité des gens de vertu singulière; celle-là cite des gens d'un très-rare mérite. Chacune d'elles a essayé de défendre son amie, mais a eu le chagrin de ne pouvoir faire adoucir la rigueur de la sentence. Enfin, le discours de la coquette est, d'un bout à l'autre, calqué sur celui de la prude avec une fidélité tout à fait piquante. La répétition faite par Célimène des quatre vers qui terminent le couplet d'Arsinoé met le comble à la malignité et au mordant de sa repartie. (A.)—Quiconque lit doit sentir ces beautés, lesquelles mêmes, toutes grandes qu'elles sont, ne seraient rien sans le style. Cette pièce est, de toutes les pièces de Molière, la plus fortement écrite. (V.)

[29]: En effet, la pruderie est pour ainsi dire l'unique avenir d'une coquette. Célimène semble le pressentir; mais, éblouie par les adorations de ses amants, cet avenir lui semble trop éloigné pour qu'elle puisse le croire redoutable. Cette scène est une des plus morales de l'ouvrage.

[30]: Cette métaphore expressive, tirée du bruit de la cloche, se trouve aussi dans la Fontaine. Faire sonner son âge, c'est avertir tout le monde qu'on est jeune, comme une cloche avertit d'un grand événement.

[31]: N'est pas un si grand cas, pour dire: n'est pas une si grande chose. Celle locution, qui se trouve dans le Dictionnaire de l'Académie, édition de 1694, n'est plus d'aucun usage. (A.)