«Mais vois le roi de Morven, il s'avance, et l'incendie, les torrents, les tempêtes sont l'image de sa force.—Heureux ton peuple! ô Fingal! ton bras combattra pour lui. Tu es le premier des héros dans la guerre; tu es le plus sage des rois dans la paix. Tu parles, et tes nombreux guerriers obéissent; ton acier retentit et les ennemis tremblent. Heureux est ton peuple, ô Fingal!

«Quel est ce guerrier si terrible et si impétueux dans sa course?

«Quel autre que le fils de Starno oserait venir à la rencontre du roi de Morven? Contemple le combat des deux chefs; tels combattent deux Esprits sur l'Océan et disputent à qui roulera ses flots. Le chasseur sur la colline entend le bruit de leurs efforts, et voit les vagues s'enfler et s'avancer vers les rivages d'Arven.» Ainsi parlait Connal, lorsque les deux héros se joignirent au milieu de leurs guerriers tombant de toutes parts. C'est là qu'on entendit le bruit du choc des armes et des coups redoublés. Terrible est le combat des deux rois, terribles sont leurs regards; leurs boucliers sont brisés et l'acier de leurs casques vole en éclats; ils jettent les tronçons de leurs armes, chacun d'eux s'élance pour saisir au corps son adversaire; leurs bras nerveux sont enlacés; ils s'embrassent, ils s'attirent, se balançant à droite et à gauche; dans leur lutte sanglante, leurs muscles se tendent et se déploient. Mais quand leur fureur, au comble, vint à développer toutes leurs forces, alors la colline ébranlée par leurs efforts trembla au haut de sa cime. Enfin la force de Swaran s'épuise, il tombe, et le roi de Loclin est enchaîné.

«Ainsi j'ai vu sur le Cona, Cona que ne voient plus mes yeux, ainsi j'ai vu deux collines arrachées de leurs bases par l'effort d'un torrent impétueux; leurs masses inclinées l'une vers l'autre se rapprochent; la cime de leurs arbres se touche dans les airs; bientôt toutes deux ensemble tombent et roulent avec leurs arbres et leurs rochers; le cours des fleuves est changé, et les ruines rougeâtres de leurs terres éboulées frappent au loin l'œil du voyageur.

«Enfants du roi de Morven, dit Fingal, gardez le roi de Loclin; car il a la force de mille flots irrités; son bras est instruit aux combats; il a toute la vigueur des anciens héros de sa race. Brave Gaul, et toi, Ossian, accompagnez le frère d'Agandecca, et rappelez la joie dans son âme attristée. Et vous, Oscar, Fillan et Ryno, poursuivez les débris de Loclin; et que jamais nul vaisseau ne revienne insulter nos mers.»

«Ils partent et volent comme l'éclair.

«Fingal les suit à pas lents et s'avance comme un nuage qui porte la foudre, lorsque les plaines brûlées par l'été sont dans le silence. Son épée étincelle devant lui: il rencontre un des chefs de Loclin, et lui adresse ces paroles: «Quel est celui que je vois appuyé contre le rocher? Il ne peut franchir le torrent: sa contenance annonce un héros; son bouclier est à ses côtés et sa lance s'élève comme un arbre du désert. Jeune inconnu, es-tu des ennemis de Fingal?

«—Je suis un enfant de Loclin! cria le guerrier, et mon bras n'est pas faible. Mon épouse est en pleurs dans ma demeure; mais Orla n'y rentrera jamais.

«—Veux-tu te rendre ou combattre? dit Fingal. Les ennemis ne triomphent point en ma présence, et mes amis sont célèbres dans mon palais. Étranger, suis-moi, et viens partager mes fêtes; viens poursuivre les daims de mes déserts.

«—Non, dit le héros; je secours le faible; je prêterai toujours ma force à celui qui succombe. Mon épée n'a pas encore trouvé son égale; que le roi de Morven me cède.