«Voyez, dit le roi, comme l'armée de Loclin se partage sur la plaine; ils ressemblent à une forêt de chênes à demi dévastée par l'incendie, lorsque ses arbres éclaircis laissent voir par intervalles les espaces du ciel, et les météores volants dans la nuit. Que chaque chef des amis de Fingal choisisse et attaque sa troupe d'ennemis; et qu'en dépit de ce front menaçant qu'ils nous opposent, nul d'eux n'échappe sur les flots d'Inistore.—Moi, dit Gaul, je me charge des sept chefs qui sont venus du lac de Lano.—Que le sombre roi d'Inistore, dit Oscar, soit abandonné à l'épée du fils d'Ossian,—Confiez à la mienne le roi d'Inistore, dit Conna au cœur d'acier...—Ou Mudin ou moi, dit Dermid, dormira sous la terre.—Et moi, qui maintenant suis aveugle et faible, je choisis le belliqueux roi de Terman. J'ai promis de ne pas revenir sans son bouclier.—«Revenez triomphants et victorieux, ô mes héros, dit Fingal avec un regard serein: toi, Swaran, Fingal te réserve pour lui.» Aussitôt, comme mille vents furieux déchaînés sur les vallons, nos bataillons se divisent et fondent sur l'ennemi: les échos du Cromla retentissent au loin.

—Comment raconter toutes les morts qui signalèrent nos armes dans cette affreuse mêlée? Ô fille de Toscar, nos mains étaient toutes sanglantes; les rangs superbes de Loclin tombaient l'un sur l'autre, comme les terres éboulées de la montagne de Conna. La victoire suivit nos armes: pas un chef qui n'accomplît sa promesse. Tu t'assis plus d'une fois près du murmure des eaux du Brannos ô fille de Toscar: là ton sein éblouissant de blancheur s'enflait et s'élevait, comme le duvet du cygne voguant doucement sur la surface du lac, lorsque les zéphyrs enflent ses ailes. Là tu as vu plus d'une fois le soleil rougeâtre se retirer et descendre lentement derrière un épais nuage; la nuit amasser ses ombres autour de la montagne, lorsque le vent souffle par tourbillons et mugit par intervalles dans les vallées profondes. La grêle tombe, le tonnerre roule, éclate, et la foudre rase les rochers. Les esprits montent sur des rayons de feu: d'irrésistibles et vastes torrents se versent à grand bruit des montagnes: telle est, ô Malvina, l'image de ce combat... Ah! pourquoi cette larme? C'est aux filles de Loclin de pleurer. Les guerriers de leur patrie tombaient par milliers, et le sang avait rougi le fer de nos héros; mais je ne suis plus, hélas! le compagnon des héros; je suis triste, aveugle et délaissé. Donne-moi, aimable Malvina, donne-moi tes larmes; car j'ai vu les tombeaux de tous mes amis.

«Ce fut alors que Fingal vit avec douleur tomber sous ses coups un héros inconnu... Le guerrier roulait dans la poussière ses cheveux gris, et levait vers le roi ses yeux mourants: «Ah! c'est donc de ma main que tu péris, s'écrie Fingal qui le reconnaît, ô toi, l'ami d'Agandecca! J'ai vu tes larmes couler pour l'objet de mon amour dans les salles du sanguinaire Starno. Tu fus l'ennemi des ennemis de mon amante, et c'est de ma main que tu péris! Élève, ô Ullin, élève la tombe du fils de Mathon, et mêle dans tes chants son nom au nom d'Agandecca, d'Agandecca qui fut si chère à mon cœur!

«Du fond de là caverne de Cromla, Cuchullin entendit le bruit des combattants. Il appela le brave Connal et le vieux Carril. À sa voix, ces héros en cheveux blancs prirent leurs lances. Ils s'avancèrent et virent de loin les flots de la bataille, comme les vagues entassées de l'Océan agité, lorsque les vents, soufflant du côté de la mer, roulent devant eux ses vastes lames sur les sables du rivage.

«À cette vue, Cuchullin s'enflamme et fronce le sourcil: sa main se porte sur l'épée de ses pères; ses yeux roulent dans le feu et s'attachent sur l'ennemi. Trois fois il voulut courir au combat, et trois fois Connal arrêta ses pas. «Chef de l'île des Brouillards, lui dit-il, Fingal triomphe, ne cherche point à lui ravir une portion de sa gloire: il ravage et détruit comme la tempête.»

«Eh bien, Carril, reprit Cuchullin, va féliciter le roi de Morven. Dès que Loclin se sera écoulé comme le torrent après la pluie, dès que le silence régnera sur le champ de bataille, que ta voix mélodieuse se fasse entendre à l'oreille de Fingal et chante ses louanges. Donne-lui l'épée de Caithbat; car Cuchullin n'est plus digne de porter les armes de ses pères.

«Mais vous, ombres du solitaire Cromla, esprits des héros qui ne sont plus, soyez désormais les compagnons de Cuchullin, et parlez-lui quelquefois dans la grotte où il va cacher sa douleur. Non, je ne serai plus renommé parmi les guerriers célèbres. J'ai brillé comme un rayon de lumière, mais j'ai passé comme lui; je m'évanouis comme la vapeur que dissipent les vents du matin lorsqu'il vient éclairer les collines. Connal, ne me parle plus d'armes ni de combats: ma gloire est morte. J'exhalerai mes gémissements sur les vents, jusqu'à ce que la trace de mes pas s'efface sur la terre... Et toi, belle et tendre Bragela pleure la perte de ma renommée; car jamais je ne retournerai vers toi: je suis vaincu!»

VIII

Lisez encore ce début du cinquième chant sur la gloire et la mort de Fingal. Le rhythme majestueux et calme des vers est conforme au génie habituel du barde Connal:

«Alors, sur le penchant du Cromla, Connal adressa la parole à Cuchullin: «Fils de Semo, pourquoi cette sombre tristesse? Nos amis sont puissants dans les combats; et toi, guerrier, ta renommée est célèbre: nombreuses sont les morts que ta lance a données. Souvent Bragela, faisant éclater la joie dans ses beaux yeux bleus, alla au-devant de son héros lorsqu'il revenait victorieux et fumant de carnage au milieu des braves, et que ses ennemis étaient muets sous la tombe. Tes bardes charmaient ton oreille en chantant tes exploits.