«Tel qu'une nue épaisse et orageuse, dont les flancs enflammés sont armés d'éclairs, et qui, fuyant les rayons du matin, s'avance vers l'occident: tel s'éloigne le roi de Morven. Deux lances sont dans sa main, et son armure jette un éclat terrible... Il abandonne au vent ses cheveux blancs: souvent il se retourne et jette un regard sur le champ de bataille: trois bardes l'accompagnent, prêts à porter ses paroles à ses héros. Il s'assied sur la cime du Cromla; les mouvements de sa lance étincelante réglaient notre marche. La joie s'épanouit sur le visage d'Oscar: ses joues se colorent; ses yeux versent des larmes de plaisir: son épée paraît dans ses mains un rayon de lumière. Il s'avance, et avec un sourire il dit à Ossian: «Ô chef des combats, mon père, écoute ton fils. Retire-toi aussi, va joindre le roi de Morven, et cède-moi ta gloire. Si je péris ici, souviens-toi de cette belle solitaire, objet de mon amour, de la fille de Toscar; car je la vois penchée sur les bords du ruisseau, les joues en feu et les cheveux épars sur son sein, jetant ses regards du haut de la montagne et soupirant pour Oscar. Dis-lui que je suis sur mes collines, hôte léger des vents, et que je vole sur mes nuages à la rencontre de l'aimable fille de Toscar.
«—Élève, Oscar, élève plutôt ma tombe: je ne veux point te céder le combat; il faut que mon bras soit le plus sanglant, et t'enseigne à vaincre. Mais, mon fils, souviens-toi de placer cette épée, cet arc et ce bois de cerf dans mon étroite et sombre demeure, que tu marqueras par une pierre grisâtre. Oscar, je n'ai plus d'amante à recommander aux soins de mon fils; j'ai perdu Evirallina, l'aimable fille de Branno n'est plus.»
«Nous parlions ainsi, lorsque la voix de Gaul, apportée par les vents, vint frapper nos oreilles: il agitait dans les airs l'épée de son père, et se précipite furieux au milieu de la mort et du carnage.
«Les deux armées s'attaquent et combattent guerrier contre guerrier, fer contre fer. Les boucliers et les épées se choquent et retentissent. Les hommes tombent. Gaul fond comme un tourbillon d'Arven: la destruction suit son épée. Swaran dévore comme l'incendie allumé dans les bruyères du Cormal. Comment pourrais-je redire dans mes chants tant de noms et de morts? L'épée d'Ossian se signala aussi dans ce sanglant combat: et toi, ô mon Oscar, ô le plus grand, le meilleur de mes enfants, que tu étais terrible! Mon âme éprouvait une secrète joie, lorsque je voyais son épée étinceler sur les ennemis terrassés. Ils fuient en désordre sur la plaine de Lena: nous poursuivons, nous massacrons; comme la pierre bondit de rocher en rocher, comme la hache frappe et retentit de chêne en chêne, comme le tonnerre roule de colline en colline ses effrayants éclats: tels de la main d'Oscar et de la mienne tombaient et se suivaient et le coup et la mort.
«Mais Swaran assiége et environne le fils de Morni, comme un cercle des flots irrités. Fingal, à cette vue, se lève à demi et fait un mouvement de sa lance: «Va, Ullin, mon antique barde, va trouver Gaul, rappelle à sa mémoire les combats et l'exemple de ses ancêtres: soutiens de tes chants son courage chancelant; les chants raniment les guerriers.» Le vénérable Ullin part; il presse ses pas appesantis; il arrive et adresse à Gaul ces chants belliqueux:
«Enfant des climats où naissent les coursiers généreux; jeune roi des lances, toi dont le bras est ferme dans le péril, dont le courage inflexible ne cède jamais; toi qui diriges les coups de la mort, frappe, renverse l'ennemi: que nul de leurs vaisseaux ne reparaisse jamais sur la côte d'Inistore. Que ton bras soit comme la foudre, tes yeux comme l'éclair, ton cœur comme un rocher. Lève ton bouclier; plonge et replonge ton épée; frappe, détruis!»
«À ces chants, le cœur de Gaul s'enflamme et palpite; mais Swaran s'avance à la tête de son armée: il fend le bouclier de Gaul en deux, et les enfants d'Erin prennent la fuite.
«Alors Fingal se leva, et trois fois fit éclater sa voix. Cromla répondit à ses sons, et ses guerriers fuyants s'arrêtèrent. Ils baissèrent vers la terre leurs visages confus, et rougirent à la présence de Fingal. Il s'avançait comme un nuage pluvieux dans les ardeurs brûlantes de l'été, lorsqu'il roule et s'étend sur la colline, et que les plaines en silence attendent sa rosée. Swaran aperçoit le terrible roi de Morven, et s'arrête au milieu de sa course. Farouche et roulant ses yeux autour de lui, debout, appuyé sur sa lance et gardant un morne silence, il ressemblait dans sa taille gigantesque à un chêne antique des bords du Lubar, dont la tête penche sur le fleuve et dont les rameaux furent jadis noircis des feux du tonnerre. Il marche et se retire à pas lents sur la plaine. Les flots de ses guerriers l'entourent, et le nuage de la bataille se forme sur la colline.
«Fingal brille au milieu de ses héros, et leur dit: «Prenez mes étendards, déployez-les aux vents de Lena, qu'ils flottent comme les flammes ondoyantes de cent collines: que leurs frémissements dans les airs nous excitent au combat. Accourez, enfants d'Erin, venez vous placer près de votre roi; soyez attentifs à ses ordres. Gaul, bras invincible de la mort, jeune Oscar, qui croîs pour les combats; vaillant Connal; Dermid à la brune chevelure, et toi, Ossian, roi des chants, venez tous vous placer près du bras de votre père.»
«Nous élevâmes le Soliflamme, le brillant étendard du roi: l'âme des héros tressaillit de joie en le voyant se jouer dans les vents; il était parsemé d'or, comme l'azur nocturne de la voûte étoilée du ciel. Chaque héros avait son étendard, et chaque étendard sa troupe de guerriers.