Le deuxième volume commence par un poëme en plusieurs chants, intitulé Temora. Ce poëme déroule toutes les notes lyriques ou pathétiques de ces épopées.
TEMORA
«Déjà les vagues azurées de la mer d'Ullin roulent à la clarté du jour. Les vertes collines sont revêtues de lumières, les arbres balancent leurs cimes touffues au souffle des zéphyrs, les torrents grisâtres versent leurs bruyantes ondes. Deux coteaux, chargés de chênes antiques, dominent une étroite vallée. Là coule un ruisseau tranquille. Sur ses bords était Caïrbar, souverain d'Atha, debout, appuyé sur sa lance, les yeux rouges, chargés de terreur et de tristesse. Du fond de son âme s'élève l'image de Cormac, couvert de ses horribles blessures; le pâle fantôme du jeune héros apparaît dans l'obscurité: le sang coule de ses flancs aériens. Trois fois Caïrbar jette sa lance sur la bruyère, trois fois il porte la main à sa barbe. Ses pas sont courts et pressés, souvent il s'arrête et agite ses bras nerveux. Telle une nue inconstante change de forme à chaque bouffée de vent, attriste les vallons et les menace tour à tour d'une inondation subite.
Enfin Caïrbar recueille son âme et saisit sa lance. Il tourne les yeux vers la plaine de Lena; il aperçoit les guerriers qu'il avait envoyés à la découverte sur les bords de l'Océan. La peur précipitait leurs pas; ils accouraient en regardant souvent derrière eux. Caïrbar comprit que l'ennemi s'avançait, et appela les chefs de son armée.
La terre retentit sous leurs pas; ils arrivent: tous à la fois tirent l'épée. Là paraissent Morlath, au visage sombre; Hidala, à la longue chevelure. Cormac s'appuie sur sa lance, roulant des yeux louches. Plus farouche est encore, sous deux épais sourcils, le regard de Malthos. Au milieu d'eux s'élève l'inébranlable Foldath. Sa lance est comme le sapin de Slimora qui lutte avec les vents: son bouclier porte la marque des combats, et son œil méprise le danger. Ces héros et mille autres avec eux environnaient Caïrbar. Quand l'espion de l'Océan, Morannal, arriva de la plaine de Lena, ses yeux égarés semblaient sortir de sa tête, ses lèvres étaient pâles et tremblantes.
«Eh quoi! dit-il, l'armée d'Erin est tranquille et silencieuse comme une forêt au déclin du jour, et Fingal est sur la côte! Fingal, ce roi de Morven, si terrible dans les combats!»
«As-tu vu ce guerrier, dit Caïrbar en soupirant; ses héros sont-ils en grand nombre? Lève-t-il la lance des combats, ou apporte-t-il la paix?»—«Il n'apporte pas la paix, ô Caïrbar, j'ai vu sa lance levée. Le sang de mille guerriers en rougit l'acier. Il a sauté le premier sur le rivage. La vieillesse n'a point affaibli sa vigueur. Ses membres nerveux se meuvent avec souplesse. Elle est à son côté, cette épée dont le premier coup est toujours suivi de la mort. Son bouclier terrible est tel que la lune sanglante au milieu de l'effrayante tempête. Suivent Ossian, le roi des chants, et Gaul, le premier des mortels.
Connal s'élance sur leurs traces en s'appuyant sur sa lance. Dermid laisse flotter son épaisse et noire chevelure. Le jeune chasseur du Moruth, Fillan, bande son arc. Mais quel est ce héros qui les devance? C'est Oscar, le fils d'Ossian. Son visage brille au milieu des touffes épaisses de ses cheveux qui tombent en longues boucles sur ses épaules. Ses noirs sourcils sont à moitié cachés sous l'acier de son casque; son épée pend librement à son côté. À chaque pas qu'il fait, les éclairs jaillissent de sa lance. Ô Caïrbar, j'ai fui ses regards terribles.»
Oscar, petit-fils de Fingal, tomba en trahison sous les coups du traître Caïrbar qui l'avait invité à sa fête.
Ossian accourt...