Nous trouvâmes Oscar appuyé sur son bouclier. Nous vîmes son sang autour de lui: tous nos guerriers restent muets, accablés de douleur: tous détournent la vue et pleurent. Fingal s'efforce en vain de cacher ses larmes: il se penche sur mon fils, et prononce ces paroles, vingt fois interrompues par ses soupirs:
«Oscar, tu péris au milieu de ta course! Le cœur d'un vieillard palpite sur toi. Il voit les combats que l'avenir lui promet. Ces combats sont retranchés de ta gloire. Quand la joie habitera-t-elle dans Selma? Quand la douleur sortira-t-elle de Morven? Mes enfants périssent l'un après l'autre. Fingal restera le dernier de sa race; la gloire que j'ai acquise passera. Ma vieillesse sera sans amis; assis dans mon palais solitaire, je ne te verrai point revenir triomphant, je n'entendrai point le bruit de tes armes. Pleurez, héros de Morven, Oscar ne se relèvera plus.»
Ils le pleurèrent, ô Fingal! ce héros était cher à leur cœur. Il allait combattre: l'ennemi disparaissait. La paix et la joie revenaient avec lui. Le père ne pleura point la perte de son jeune fils; le frère ne donna point des larmes à la mort de son frère chéri... Le chef du peuple n'était plus. À ses pieds Luath et Branno poussaient de tristes hurlements. Souvent Oscar poursuivit avec eux le chevreuil du désert.
Quand Oscar vit autour de lui ses amis en pleurs, sa poitrine se gonfla de soupirs. «Les gémissements de ces vieillards, nous dit-il, les cris de ces animaux fidèles, l'éclat soudain de ces chants de douleur ont attendri mon âme, cette âme jusqu'alors insensible comme l'acier de mon épée. Ossian, porte-moi sur mes collines; élève le monument de ma gloire. Place le bois d'un cerf et mon épée dons mon étroite demeure: le torrent emportera peut-être la terre qui la couvrira, le chasseur trouvera ce fer et dira: Ce fut là l'épée d'Oscar.
C'en est donc fait, ô mon fils! ô ma gloire! Oscar, je ne te verrai plus. On racontera aux autres pères les exploits de leurs enfants, et moi, je n'entendrai plus parler de mon Oscar. La mousse couvre les quatre pierres grisâtres de ta tombe: le vent gémit alentour... Nous combattrons sans toi; tu ne poursuivras plus les timides chevreuils... Quand un guerrier reviendra des guerres étrangères et dira: J'ai vu près d'un torrent la tombe d'un chef, il tomba sous les coups d'Oscar, le premier des héros! peut-être j'entendrai sa voix, peut-être alors un sentiment de joie renaîtra dans mon cœur.
XI
Ossian pleure Oscar. «Bientôt, dit-il, s'élève dans la nuit un murmure triste et confus semblable au bruit du lac Lego, quand ses eaux resserrées par la gelée rompent au printemps toutes leurs chaînes et que les glaçons résonnent au loin.
«Mais quel est celui qui vient de la vallée du Lubar, et sort des plis humides de la robe du matin! Les gouttes de rosée sont sur sa tête; sa démarche annonce la tristesse. C'est Carril, le chantre des temps passés. Il vient de la caverne silencieuse de Tura. Je l'aperçois sur le rocher, à travers les voiles légers du brouillard. Là, peut-être, l'ombre de Cuchullin s'assied sur la bouffée de vent qui courbe les arbres de la colline. Il se plaît à entendre l'hymne du matin chanté par le barde d'Erin.
«Les vagues se pressent et reculent épouvantées; elles entendent le bruit de ta marche, ô soleil! Fils du ciel, que ta beauté est terrible, quand la mort se cache dans ta chevelure enflammée, quand tu roules devant toi tes brûlantes vapeurs sur les armées! Mais que tes rayons sont agréables au chasseur assis près d'un rocher au milieu de la tempête, quand tu regardes au travers d'un nuage, et que tu luis sur ses cheveux humides! Joyeux, il abaisse ses regards sur le vallon, et voit descendre et bondir les chevreuils. Soleil, jusques à quand te lèveras-tu dans la guerre? jusques à quand rouleras-tu dans les cieux comme un bouclier sanglant? Je vois les ombres des héros errer autour de ton globe et l'obscurcir... Mais où s'égarent les paroles de Carril? Le fils du ciel sent-il la douleur? Toujours pur et brillant dans sa course, il se réjouit au milieu de ses rayons. Roule, astre insensible... Mais un jour peut-être tu tomberas aussi; un jour, malgré tes efforts, la robe noire t'enveloppera pour toujours au milieu du firmament.»
Ta voix, dis-je à Carril, plaît à l'âme d'Ossian, comme le bruit de l'ondée matinale quand elle tombe dans une vallée qui reçoit les premiers regards du soleil. Mais ce n'est pas ici le temps, ô barde, de s'asseoir pour disputer le prix du chant. Fingal est sous les armes. Au pied de cette colline, tu vois les flammes qui partent de son bouclier; tu vois l'air sombre et terrible dont il regarde les flots d'ennemis roulant dans la plaine.