Mais, ô Carril, n'aperçois-tu point cette tombe auprès du torrent? Trois pierres lèvent leurs têtes grisâtres au-dessous d'un chêne courbé par les vents: sous ces pierres repose un chef; ouvre à son âme le séjour des vents, ouvre-lui son palais aérien; c'est le frère de Cathmor: que tes chants montent vers son ombre et la comblent de joie!
XII
Malvina, veuve d'Oscar, fils d'Ossian, reste auprès de son beau-père; elle y gémit... Elle y chante parfois ses peines; voici un de ses poëmes; elle y réveille le génie engourdi d'Ossian.
CROMA
MALVINA.
Oui, c'était la voix de mon amant! Rarement son ombre vient me visiter dans mes songes. Ouvrez vos palais aériens, pères du puissant Toscar. Ouvrez leurs portes de nuages, Malvina est prête à vous rejoindre. Une voix me l'a annoncé dans mon sommeil; et je sens que mon âme est près de prendre son vol. Ô vents, pourquoi avez-vous quitté les flots du lac? Vos ailes ont agité la cime de ces arbres, et le bruit a fait évanouir la vision. Mais Malvina a vu son amant; sa robe aérienne flottait sur les vents: ce rayon de soleil en dorait les franges: elles brillaient comme l'or de l'étranger. Oui, c'était la voix de mon amant: rarement son ombre vient me visiter dans mes songes!
Fils d'Ossian, cher Oscar, tu vis dans le cœur de Malvina: mes soupirs se lèvent avec l'aurore, et mes larmes descendent avec la rosée de la nuit. Cher amant, je fleurissais en ta présence comme un jeune arbrisseau; mais la mort, comme un vent brûlant, est venu flétrir ma jeunesse. Ma tête s'est penchée; le printemps est revenu avec ses rosées bienfaisantes et ne m'a point fait refleurir. Mes jeunes compagnes me voyaient dans un morne silence au milieu de ma demeure; elles touchaient la harpe pour rappeler la joie dans mon âme; mais les larmes coulaient toujours sur les joues de Malvina: elles voyaient ma tristesse profonde, et elles me disaient: «Pourquoi es-tu si obstinée dans ta douleur, toi la première des belles de Lutha? Ton amant était donc à tes yeux aimable et beau comme le premier rayon du matin?»
Ô ma fille, ta voix charme mon oreille: tu as sans doute entendu dans tes songes les chants des bardes décédés, lorsque le sommeil descendait sur tes yeux au doux murmure du Morut: tu as entendu leurs concerts dans un beau jour au retour de la chasse, et tu répètes leurs chants mélodieux. Tes accents, ô Malvina, sont doux, mais ils attristent l'âme: il est un charme dans la tristesse, lorsqu'elle est douce, et que le cœur est en paix; mais le chagrin, ô Malvina, consume l'homme, et ses jours s'écoulent bientôt dans les larmes: il tombe comme la fleur que la nuit a couverte de rosée, et que le soleil du midi vient brûler de ses rayons. Ma fille, prête l'oreille aux chants d'Ossian; il se rappelle les jours heureux de sa jeunesse.
Fingal m'ordonna de déployer mes voiles. J'obéis: j'arrive et j'entre dans la baie de Croma, dans le riant pays d'Inisfail. On voit s'élever sur la côte les tours antiques du palais de Crothar. Ce héros combattit avec gloire dans sa jeunesse; mais alors les années accablaient ce guerrier. Rothmar l'assiégeait dans son palais. Fingal, brûlant de rage, envoya son fils Ossian secourir le compagnon de sa jeunesse et combattre Rothmar. Je députe un barde, qui me devance: j'arrive ensuite au palais de Crothar. Je trouve le vieillard assis au milieu des armes de ses pères. Ses yeux ne voyaient plus; ses cheveux blancs volaient autour du bâton sur lequel il appuyait son corps chancelant. Il murmurait tout bas les chants des siècles passés: le bruit de nos armes frappa son oreille; il se lève avec effort, étend sa main tremblante, me touche et bénit le fils de Fingal. «Ossian, me dit-il, mes forces sont évanouies. Que ne puis-je lever cette épée, comme le jour où je combattais près de ton père à Strutha? Ton père était le premier des mortels; mais Crothar n'était pas non plus sans gloire. Le roi de Morven loua mon courage et plaça sur mon bras le bouclier de Calthar, qu'il avait tué dans la guerre. Ne le vois-tu pas suspendu à cette voûte? Hélas! mes yeux ne peuvent plus le voir. Ossian, as-tu la force de ton père? Laisse-moi toucher ton bras.» J'obéis à son désir; ses mains tremblantes touchèrent mon bras: il soupire; il pleure: «Mon fils, me dit-il, tu es robuste; mais non pas autant que le roi de Morven; mais qui est semblable à ce héros? Qu'on prépare ma fête; que nos bardes chantent. Amis, c'est un héros que vous voyez aujourd'hui dans mon palais.»