Quel est celui qui revient de la terre des étrangers, entouré de ses mille guerriers? L'étendard de Morven, déployé dans les airs, marche devant lui: son épaisse chevelure semble lutter avec les traits farouches de la guerre. Il paraît calme comme le rayon du soir qui luit au travers des nuages sur la paisible vallée de Cona. Quel autre serait-ce que le fils de Comhal, que Fingal, ce roi fameux par ses exploits? Il revoit avec joie ses collines: il ordonne à ses bardes de chanter, et mille voix s'élèvent à la fois:
«Habitants des pays lointains, vous avez fui sur vos plaines! Le roi du monde, assis dans son palais, apprend la défaite de ses guerriers: il lance des regards indignés, et saisit l'épée de son père. Enfants des pays lointains, vous avez fui!»
Ainsi chantaient les bardes, quand ils arrivèrent au palais de Selma. On alluma mille flambeaux que Fingal avait conquis sur l'étranger. La fête fut préparée et la nuit se passa dans la joie. «Où est Clessamor, dit Fingal, où est le compagnon fidèle de mon père, où est-il au jour de ma fête? Triste et solitaire, il passe sa vie dans la vallée de Lora; mais je l'aperçois: il s'élance de la colline comme le coursier vigoureux qui, averti par les vents, sent de loin ses compagnons dans la plaine, et secoue dans les airs sa brillante crinière. Salut à Clessamor: pourquoi a-t-il été si longtemps absent de Selma?»
«Fingal revient donc triomphant? répondit Clessamor. Tel revenait Comhal des combats de sa jeunesse. Nous avons souvent traversé le torrent de Carun pour fondre sur les étrangers, nos épées revenaient teintes de leur sang, et les rois du monde ne se réjouissaient pas.
«Mais pourquoi rappeler les combats de ma jeunesse? L'âge a mêlé des cheveux blancs à ma noire chevelure. Ma main oublie à bander l'arc, et je ne lève que des lances légères.
«Ah! quand ressentirai-je la joie que j'éprouvai à la première vue de l'aimable fille des étrangers, de la belle Moïna?»
«Raconte-nous, lui dit Fingal, les aventures de ta jeunesse; la tristesse, comme un nuage sur le soleil, obscurcit l'âme de Clessamor: seul, sur les bords du Lora, tu ne roules que de sombres pensées. Dis-nous quels chagrins ont flétri jadis tes beaux jours.»
«Ce fut pendant la paix que j'arrivai à Balclutha. Les vents rugissaient dans mes voiles, et les ondes de Clutha reçurent mon vaisseau poussé par la tempête. Je restai trois jours dans le palais de Reuthamir. Mes yeux contemplèrent la beauté de sa fille. On remplit à la ronde la coupe de la paix, et le héros en cheveux blancs me donna la belle Moïna. Sa gorge était comme l'écume des vagues; ses yeux comme les étoiles de la nuit: l'aile du corbeau est moins noire que ses cheveux; son âme était généreuse et tendre: mon amour pour Moïna fut extrême, et mon cœur nageait dans le plaisir.
Un chef étranger, épris aussi de la belle Moïna, arrive au palais de Reuthamir. Sans cesse il tenait des discours insolents. Souvent il tirait à moitié son épée. «Où est le puissant Comhal, disait-il, ce guerrier qui ne se repose jamais? Sans doute, il vient à Balclutha, à la tête de son armée, puisque Clessamor est si hardi.»
«Apprends, lui dis-je, que mon âme brûle de son propre feu; que je reste intrépide entouré de milliers d'ennemis, quoique les braves soient absents. Étranger, tu parles avec audace à Clessamor, parce qu'il est seul; mais mon épée frémit à mon côté, impatiente de briller dans ma main. Ne parle plus de Comhal, enfant de Clutha!