Voici un fragment retrouvé d'une élégie d'Ossian lui-même, très-célèbre dans les montagnes d'Écosse:
MINVANE
Minvane, triste, le visage enflammé, se penchait du haut du rocher de Morven sur la vaste étendue des mers. Elle vit nos jeunes guerriers s'avancer, couverts de leurs armes brillantes: «Où es-tu, Ryno? où es-tu?»
Nos regards, tristes et baissés, lui disaient que Ryno n'était plus, que l'ombre de son amant s'était envolée dans les nuages, qu'on entendait sa faible voix murmurer avec le zéphyr dans le gazon des collines.
«Quoi! le fils de Fingal est tombé dans les vertes plaines d'Ullin! Le bras qui l'a terrassé était donc bien puissant! Et moi, hélas! je reste seule. Non, je ne resterai pas seule, ô vents qui soulevez ma noire chevelure, je ne mêlerai pas longtemps mes soupirs à vos sifflements. Il faut que je dorme à côté de mon cher Ryno. Cher amant, je ne te vois plus revenir de la chasse avec les grâces de la jeunesse. L'ombre de la nuit environne l'amant de Minvane, et le silence habile avec Ryno!
Où sont tes dogues fidèles? Où est ton arc? ton épée semblable au feu du ciel? ta lance toujours ensanglantée?
Hélas! j'aperçois tes armes entassées dans ton vaisseau. Je les vois couvertes de sang: on ne les a donc pas placées près de toi dans ta sombre demeure, ô mon cher Ryno! Quand la voix de l'aurore viendra-t-elle te dire: «Lève-toi, jeune guerrier! les chasseurs sont déjà dans la plaine; le cerf est près de ta demeure?» Retire-toi, belle aurore, retire-toi, Ryno dort: il n'entend plus ta voix; les cerfs bondissent sur sa tombe. La mort environne le jeune Ryno; mais je marcherai sans bruit, ô mon héros! et je me glisserai doucement dans le lit où tu reposes. Minvane se couchera en silence à côté de son cher Ryno. Mes jeunes compagnes me chercheront, mais elles ne me trouveront point: elles suivront, en chantant, la trace de mes pas; mais je n'entendrai plus vos chants, ô mes compagnes! je m'endors auprès de Ryno.»
Ce poëme finit par une magnifique apostrophe au soleil, que Césarotti et Lormian ont imitée.
CARTHON
Événements des siècles passés, actions des héros qui ne sont plus, revivez dans mes chants! Le murmure de tes ruisseaux, ô Lora, rappelle la mémoire du passé. Le frémissement de tes forêts, ô Germallat, plaît à mon oreille. Malvina, ne vois-tu pas ce rocher couronné de bruyère? Trois vieux pins pendent de son front sourcilleux; à son pied s'étend une vallée verdoyante. Là brille la fleur de la montagne: elle balance sa tête au souffle des zéphyrs; là croît le chardon solitaire dont la chevelure blanchie est le jouet des vents. Deux pierres à moitié cachées dans la terre montrent leurs têtes couvertes de mousse: le chevreuil de la montagne s'enfuit à l'aspect du fantôme qui garde ce lieu sacré. Deux guerriers fameux, ô Malvina, reposent dans cette vallée... Revivez dans mes chants, événements des siècles passés, actions des héros qui ne sont plus!