«Ce qu'il y aurait à dire de lui ne pourra jamais être dit, car son génie s'alluma à des sphères trop hautes pour les mortels; il est plus aisé de flétrir ce vil peuple qui l'outragea que de s'élever jusqu'à l'éloge d'un tel poëte!
«Il descendit dans les royaumes du péché pour nous faire la leçon de nos fautes; puis il nous releva jusqu'à Dieu lui-même; le ciel ne refusa pas d'ouvrir ses portes à celui à qui sa patrie refusa d'ouvrir les siennes!
«Ingrate patrie, qui, en faisant son malheur, fais ta propre honte et qui montres ainsi une fois de plus que c'est aux plus parfaits et aux plus forts que sont réservées les plus glorieuses misères!
«Que son exemple serve pour mille, puisqu'il n'y eut jamais d'exil aussi indigne que son exil, comme il n'y eut jamais sur la terre un plus grand proscrit que lui!»
On voit que Michel-Ange sculptait de la plume comme du ciseau, et que son âme se construisait à elle-même des statues aussi mâles que son buste de Brutus.
Dans le sonnet suivant, il revient à son amour et à son deuil, et il défie le sort de ruiner davantage ses espérances, dans une image digne des prophètes:
«Que peut la scie ou le ver contre le chêne réduit déjà en cendres? s'écrie-t-il. Et n'est-ce pas une trop grande infamie à toi, ô destinée, de t'acharner sur celui qui a déjà perdu le souffle et la vie!»
Une dernière invocation à l'Amour par le souvenir, dans le vingt-quatrième sonnet, se tourne en piété, cet amour impérissable que la mort rapproche de sa possession éternelle:
«Ramène-moi au temps heureux, Amour! rends-moi le visage angélique dont la disparition a enlevé ta grâce et sa puissance à toute la nature.
«Et rends-moi cette ardeur à voler sur ses traces, à mes pas maintenant si seuls et si appesantis par le poids des années. Rends-moi ces torrents de larmes et ces foyers de flamme dans mon sein, si tu veux que je puisse pleurer et briller encore.