«L'effet donc l'emporte ici-bas sur la cause et la nature est vaincue par l'art! Je le sais, moi l'ami et le confident de la sublime sculpture; moi qui vois chaque jour le temps m'échapper et tromper ma confiance en lui!
«Peut-être au moins puis-je, ô mon amour! nous donner à tous deux une longue vie, soit sur la toile, soit dans ce bloc, en y gravant notre âme et nos traits?
«En sorte que mille ans après notre départ d'ici-bas, on comprenne combien tu fus belle et combien je t'aimai, et combien la nature rendait impossible de ne pas t'aimer!»
La mort de Vittoria Colonna devint le texte habituel de ses derniers chants:
«Quand celle vers qui volaient tous et tant de mes soupirs fut, par la volonté divine, enlevée de la terre au firmament, la nature, qui ne s'admira jamais dans un si beau visage, parut attristée, et tous ceux qui l'avaient vue restèrent dans les larmes!
«Ô destinée cruelle de toutes mes aspirations trompées! ô espérances déçues! ô âme délivrée de ton enveloppe, où es-tu maintenant? La terre a recueilli ton beau corps et le ciel tes saintes pensées!...
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Son vingt-deuxième sonnet sur le Dante prouve que son culte pour le génie égalait son culte pour la beauté, ou plutôt, comme on le voit dans son adoration pour Vittoria Colonna, que le génie et la beauté n'étaient pour lui qu'un seul culte.