Celles des poésies de Michel-Ange qui chantent ce premier amour ont un accent de jeunesse et d'espérance vague qui les distinguent seules des vers inspirés par Vittoria Colonna dans une époque plus mûre de sa vie. Celles-là ont, pour ainsi dire, le découragement mélancolique d'ici-bas et la sainteté des hymnes chantés dans le sanctuaire de la vie à la lueur des cierges du soir. Nous n'en citerons que quelques fragments. Ce ne sont pas les œuvres, c'est la bouche que le lecteur veut connaître dans le grand artiste.

L'amant, le poëte et le statuaire se révèlent ensemble dans le troisième de ces sonnets de Michel-Ange. Nous essayons de le traduire.

XVII

«L'attrait de ce beau visage me soulève vers les cieux, car aucun autre charme de la terre ne délecte ma vue, et, grâce à cette beauté, je monte encore vivant parmi les esprits célestes, faveur qui fut accordée ici-bas à si peu de mortels!

«L'œuvre divine en elle manifeste tellement l'ouvrier, qu'elle me ravit à lui par des impressions aussi divines, et que j'y puise intarissablement mes idées, mes inspirations, mes œuvres, mes paroles, dans le feu dont je brûle pour l'angélique modèle!

«Si je ne puis détacher mes regards de ses yeux, c'est qu'en eux seuls je découvre ma vraie lumière, la lumière qui m'éclaire la route vers mon Dieu.

«Et si je me consume délicieusement dans leur clarté, c'est que je sens se refléter dans ma propre glace cette joie inextinguible qui dilate éternellement dans le ciel le cœur de ceux qui jouissent de l'éternelle beauté!»

XVIII

Et ailleurs, vraisemblablement pour Louise de Médicis, quand il ébauchait son buste perdu:

«Comment se fait-il, ô femme! qu'une image vivante, sculptée par le ciseau dans une pierre fruste et alpestre des montagnes, survive à celui dont elle fut l'ouvrage et qui dure lui-même si peu de jours?