Les poëtes de la cour commençaient de célébrer dans leurs vers les merveilles de sa figure et les trésors de son esprit:
En votre esprit le ciel s'est surmonté;
Nature et art ont en votre beauté
Mis tout le beau dont la beauté s'assemble,
écrit du Bellay, le Pétrarque du temps; Ronsard, qui en était le Virgile, trouve, toutes les fois qu'il en parle, des images, des suavités et des finesses d'accent qui prouvent que la louange venait de l'amour et que son cœur séduisait son génie. Marie était évidemment la Béatrix de ce grand poëte:
Au milieu du printemps entre les liz naquit
Son corps qui de blancheur les liz mesmes vainquit,
Et les roses, qui sont du sang d'Adonis teintes,
Furent par sa couleur de leur vermeil dépeintes;
Amour de ses beaux traits lui composa les yeux,
Et les Grâces, qui sont les trois filles des cieux,
De leurs dons les plus beaux cette princesse ornèrent,
Et pour mieux la servir les cieux abandonnèrent.
«Notre petite reinette écossaise, disait Catherine de Médicis elle-même, qui la voyait avec ombrage, n'a qu'à sourire pour tourner toutes les têtes françaises!»
L'enfant n'aimait pas non plus la reine italienne, elle l'appelait, dans son mépris enfantin pour la maison roturière des Médicis, cette marchande florentine. Ses prédilections étaient toutes pour Diane de Poitiers, qui sentait s'élever en elle une fille ou une émule future de beauté et d'empire. Diane chérissait de plus dans la jeune Écossaise une rivale ou une victime échappée à cette reine Elisabeth d'Angleterre qu'elle détestait. Ou retrouve les traces de cette aversion dans une lettre curieuse de Diane de Poitiers communiquée en autographe à l'historien de Marie-Stuart que nous suivons:
«À madame ma bonne amie madame de Montaigu.
«Madame ma bonne amie, on me vient de donner la relation de la pauvre jeune reine Jeanne Cray, décapitée à dix-sept ans, et ne me suis pu retenir de pleurer à ce doux et résigné langage qu'elle leur a tenu à ce dernier supplice. Car jamais ne vit-on si douce et accomplie princesse, et vous voyez qu'est à elles de périr sous les coups des méchants. Quand donc me viendrez-vous ici visiter, madame ma bonne amie, étant bien désireuse de votre vue, qui me ragaillardiroit en tous mes chagrins que fussent-ils que montant tout vous pèse et se tourne à mal contre vous? Eh bien, voyez ce qu'advient souvent de monter au dernier degré, qui feroit croire que l'abîme est en haut. Le messager d'Angleterre m'a rapporté plusieurs beaux habillements de ce pays esquels, si me venez voir promptement, aurez bonne part qui vous doit bien engager à partir du lieu où vous estes et à faire activement vos préparatifs pour me demeurer quelque temps, et donnerai bon ordre pour qu'il vous soit pourvu à tout. Ne me payez donc de belles paroles et promesses, mais je veux vous étreindre à deux bras pour de votre presence être sûre. Sur quoi, remettant à ce moment de vous embrasser, je supplierai Dieu très-dévotement qu'il vous garde en santé selon le désir de
«Votre affectionnée à vous aimer et servir.
«Diane.»