Cette lettre, cette pitié, et cette magnifique expression trouvée: «on diroit que les précipices sont en haut», prouvent que le sortilége de Diane était dans son génie et dans son cœur autant que dans sa fabuleuse beauté.
La mort soudaine de Henri II, tué dans un tournoi par Montgomery, relégua Diane dans le château solitaire d'Anet, où elle avait préparé sa retraite et où elle vieillit dans les larmes. La jeune Marie d'Écosse fut couronnée avec son mari François II. C'était un enfant par l'esprit et par la faiblesse plus encore que par l'âge. Les Guise, oncles de Marie Stuart, recueillirent ce qu'ils avaient semé en conseillant ce mariage: ils régnèrent par leur nièce sur son mari, et par le roi sur la France. Ils eurent la témérité d'afficher hautement la prétention de la France à l'hérédité de la couronne d'Écosse, en confondant les armoiries des deux nations sur les écussons de la jeune reine. Ils signalèrent leur attachement à la cause du pape par le meurtre du calviniste Anne Dubourg, confesseur héroïque de la foi nouvelle. «Six pieds de terre pour mon corps et le ciel infini pour mon âme, voilà ce que j'aurai bientôt!» s'écria Anne Dubourg à l'aspect de la potence et en méprisant ses bourreaux. Marie Stuart, déjà d'un sang fanatique par sa mère, prit dans ces supplices infligés par ses oncles aux hérétiques l'âpre superstition des presbytériens.
Ce règne ne fut que de onze mois. La France perdait un fantôme de roi plus qu'un maître. À peine lui fit-elle des obsèques royales. Marie seule le pleura sincèrement, comme un compagnon doux et complaisant de son adolescence plus que comme un époux. Les vers de sa main qu'elle composa dans les premiers mois de son deuil n'exagèrent ni n'atténuent le sentiment de sa douleur. Ils sont doux, tristes et tièdes, comme une première mélancolie de l'âme, avant l'âge des désespoirs passionnés:
Ce qui m'estoit plaisant
Ores m'est peine dure;
Le jour le plus luisant
M'est nuit noire et obscure,
Si en quelque séjour,
Soit en bois ou en prée,
Soit sur l'aube du jour
Ou soit sur la vesprée,
Sans cesse mon cœur sent
Le regret d'un absent.
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Si je suis en repos,
Sommeillant sur ma couche,
L'oy qui me tient propos,
Je le sens qui me touche.
En labeur et requoy,
Toujours est près de moy.
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C'est dans un couvent de Reims, où elle s'était retirée auprès de sa tante l'abbesse Renée de Lorraine, qu'elle se plaignait si doucement non du trône, mais de l'amour perdu. Elle y apprit bientôt après la mort de la reine d'Écosse, sa mère. Un nouveau trône l'attendait à Édimbourg, elle se prépara à ce départ.