XXIV
Le matin sema l'horreur avec le bruit de ce meurtre dans le peuple d'Édimbourg. L'émotion fut telle, que la reine crut devoir quitter Holyrood et se réfugier dans la citadelle. Elle fut insultée par les femmes en traversant les rues; des affiches vengeresses couvraient déjà les murs, invoquant la paix sur l'âme de Darnley, la vengeance du ciel sur sa criminelle épouse. Bothwell, à cheval, l'épée à la main, parcourut au galop les rues en criant: «Mort aux séditieux et à ceux qui parlent contre la reine!» Knox monta pour la dernière fois à la tribune sans se laisser intimider, et s'écria: «Que ceux qui survivent parlent et vengent!» Puis il secoua la poussière de ses pieds, sortit d'Édimbourg et se retira au milieu des bois, dans une cabane de bûcheron, pour attendre ou le supplice ou la vengeance!
XXV
Telle fut la mort de Darnley; jusque-là on pouvait soupçonner la reine, on ne pouvait la convaincre. La suite ne laissa aucun doute sur sa participation. En épousant le meurtrier, elle adoptait le crime.
La sédition une fois calmée, elle afficha dans Holyrood la douleur avec le deuil d'une épouse. Elle resta quatorze jours enfermée dans ses appartements, sans autre clarté que celle des lampes. Bothwell fut accusé de régicide devant les juges d'Édimbourg par le comte de Lennox, père du roi. Le favori, soutenu par son audace, par la reine et par les troupes toujours dévouées à celui qui règne, parut en arme devant les juges et imposa insolemment l'absolution; il montait ce jour-là un des chevaux favoris de Darnley, que le peuple reconnut avec horreur sous son assassin. La reine, de son balcon, lui fit un geste d'encouragement et de tendresse. L'ambassadeur de France surprit ce geste et transmit à sa cour l'indignation qu'il en ressentit.
XXVI
«La reine est folle, écrit, à la même époque, un des témoins de ces scandales de passion, tout ce qui est infâme domine maintenant à cette cour, que Dieu nous sauve! Bientôt la reine épousera Bothwell; elle a bu toute honte: «Peu m'importe, disait-elle hier, que je perde pour lui, France, Écosse, Angleterre! Plutôt que de le quitter, j'irai au bout du monde avec lui en jupon blanc.» Elle ne s'arrêtera pas qu'elle n'ait tout ruiné ici; on lui a persuadé de se laisser enlever par Bothwell pour accomplir plus tôt leur mariage; c'était chose concertée entre eux avant le meurtre de Darnley dont elle est la conseillère et lui l'exécuteur.»
C'était le langage d'un ennemi, mais l'événement justifia bientôt après la prophétie de la colère. Quelques jours après, le 24 avril, comme elle revenait de Stirling, où elle avait été visiter son fils élevé loin d'elle, Bothwell, avec un groupe de ses amis en armes, l'attendit au pont d'Almondbridge. Il descendit de cheval, prit respectueusement la bride de celui de la reine, feignit une légère violence, et la conduisit, captive volontaire, dans son château de Dunbar, dont il était gouverneur comme lord des frontières. Elle y passa huit jours avec lui, comme si elle eût subi le rapt et la violence, et revint le 8 mai avec lui à Édimbourg, résignée désormais, disait-elle, à épouser par consentement celui qui avait disposé d'elle par force. Cette comédie ne trompa personne, mais sauva à Marie Stuart la honte d'épouser par choix l'assassin de son mari. Bothwell, indépendamment du sang qui tachait ses mains, avait trois autres femmes vivantes. Il en fit disparaître deux par or ou par menaces, et divorça avec la troisième, lady Gardon, sœur de lord Huntly. Il consentit, pour obtenir le divorce, à se laisser condamner pour adultère. Les poésies de Marie Stuart adressées à cette époque à Bothwell, prouvent sa jalousie contre cette femme répudiée, mais encore aimée:
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... Ses paroles fardées,
Ses pleurs, ses plaincts remplis de fiction,
Et ses hauts cris et lamentation,
Ont tant gagné que par vous sont gardées
Ses escrits où vous donnez encor foy.
Aussi l'aymez, et croyez plus que moy.
Vous la croyez, las! trop je l'apperceoy,
Et vous doubtez de ma ferme constance.
Ô mon seul bien et ma seule espérance,
Et ne vous puis asseurer de ma foy.
Vous m'estimez légère que je voy,
Et si n'avez en moy mille asseurence,
Et soupçonnez mon cœur sans apparence,
Vous défiant à trop grand tort de moy.
Vous ignorez l'amour que je vous porte,
Vous soupçonnez qu'aultre amour me transporte,
Vous estimez mes paroles du vent,
Vous dépeignez de cire, hélas! mon cueur,
Vous me pensez femme sans jugement,
Et tout cela augmente mon ardeur.