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Mon amour croist, et plus en plus croistra,
Tant que vivray ....
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Comment, après de tels aveux, gravés pour l'immortalité poétique, calomnier une reine qui se calomnie ainsi de sa propre main?

Elle ne refusait à Bothwell qu'une chose: la tutelle et la garde de son fils enfermé à Stirling. Des luttes terribles et retentissantes eurent lieu à Holyrood, la veille même de la cérémonie du mariage, entre la veuve et l'assassin du mari. L'ambassadeur de France en avait entendu le bruit. Bothwell avait insisté; la reine, obstinée dans sa résistance, avait demandé à grands cris un poignard pour se tuer. «Le lendemain, à la cérémonie, écrit l'ambassadeur, je m'aperçus d'étranges nuages de physionomie entre elle et son mari, ce qu'elle me voulut excuser en me disant que, si je la voyais triste, c'était pour ce qu'elle n'avait pas sujet de se réjouir, ne désirant que la mort!»

L'expiation commençait, mais l'amour consumait plus que l'ennui. Son ami Bothwell fut roi. Une ligue d'indignation, formée entre les grands d'Écosse contre elle et Bothwell, se noua contre les deux régicides. Les lords, confédérés pour venger le trône ensanglanté et déshonoré, se rencontrèrent, le 13 juin 1567, en face des troupes de Bothwell et de la reine, à Corberry-hill; le courage avait abandonné leurs partisans avant la bataille. Ils furent défaits; Bothwell, couvert de sang, rapprocha son cheval de celui de la reine, au moment où tout espoir de fuite était déjà perdu pour eux. «Sauvez votre vie, lui dit la reine, il le faut pour moi; nous nous retrouverons dans un temps plus heureux!» Bothwell voulait mourir. La reine insistait avec larmes. «Me garderez-vous fidélité, Madame, lui dit-il avec un accent de doute, comme à un mari et à un roi?—Oui! dit la reine, et, en signe de ma promesse, voici ma main!» Bothwell porta la main à ses lèvres et la baisa, puis il s'enfuit, suivi seulement de douze cavaliers, vers Dunbar.

Les lords la conduisirent prisonnière à la citadelle d'Édimbourg. En traversant l'armée, elle fut couverte des imprécations des soldats et du peuple. La soldatesque agitait devant son cheval un drapeau sur lequel était représenté le cadavre de Darnley, couché à côté de son page dans le verger de Kirkoldfield, et le petit roi Jacques à genoux, invoquant le ciel contre sa mère et contre l'assassin de son malheureux père. Arrivée à Édimbourg, elle parut reprendre courage dans l'excès de son humiliation. «Elle parut, dit la Chronique d'Édimbourg, à sa fenêtre qui donne sur Hightgat, s'adressant au peuple d'une voix forte et disant comment elle avait été jetée en prison par ses propres sujets qui l'avaient trahie; elle se présenta plusieurs fois à la même fenêtre, dans un misérable état, ses cheveux épars sur ses épaules et sur son sein; le corps nu et découvert presque jusqu'à la ceinture. «Par cette main royale,» dit-elle à lord Ruthven et à Lindsay, qui avaient aidé au meurtre jamais pardonné de son premier favori, Rizzio, «j'aurai vos têtes, tôt ou tard!» Puis d'autres fois, s'attendrissant et prenant avec eux l'accent de suppliante: «Cher Lethington,» disait-elle à ce conseiller de Murray, «toi qui as le don de persuader, parle aux lords, et dis-leur que je leur pardonne à tous, s'ils consentent à me réunir sur un vaisseau avec Bothwell, avec celui que j'ai épousé de leur consentement dans Holyrood, et s'ils nous laissent aller au hasard des flots, où le vent et la mer nous conduiront.» Elle écrivait les lettres les plus passionnées à Bothwell, lettres interceptées aux portes de sa prison par ses geôliers.» Enfin, on la conduisit, sous une faible escorte, tant le pays lui était hostile, au château de Lochleven, appartenant aux Douglas. Lady Douglas, qui l'habitait, avait été la rivale de Marie Stuart à la main du roi d'Écosse. Le château situé au pied du Ben Lomond, haute montagne d'Écosse, était construit au milieu d'un lac qui battait ses murs et qui interceptait toute fuite. Elle y fut traitée par les Douglas avec les respects dus à son rang et à ses revers. La reine Élisabeth parut voir avec alarme le triomphe de la révolte contre une reine. Elle s'entendit avec le comte de Murray pour que ce frère de Marie Stuart, respecté des deux partis, reprît le gouvernement pendant la captivité de la reine. Murray vint à Lochleven conférer avec sa sœur captive sur le sort du royaume et de Jacques, l'héritier enfant du trône. Elle le vit avec espérance saisir une autorité qu'elle crut avec raison plus indulgente pour elle. Elle apprit par lui la fuite de Bothwell dans les îles Shetland d'où il s'était embarqué pour le Danemark, pour y reprendre, avec ses anciens écumeurs de mer, la vie de pirate et de brigand, seul refuge que lui laissait sa fortune.

Nous le verrons achever, dans la captivité et dans la démence, une vie passée tour à tour dans l'opprobre et sur le trône, dans les exploits et dans les assassinats. L'âme de la reine ne pouvait s'en détacher.

Elle tenta plusieurs fois de s'échapper de Lochleven pour le rejoindre ou pour se réfugier en Angleterre. L'historien que nous citons et qui a visité ses ruines décrit ainsi cette première prison de la reine:

«Ce séjour de Lochleven, sur lequel le roman et la poésie ont répandu des lueurs si charmantes, l'histoire plus vraie ne peut le peindre que dans sa nudité et dans ses horreurs. Le château, ou plutôt le fort, n'était qu'un bloc massif de granit, flanqué de deux lourdes tours, peuplé de hiboux et de chauves-souris, éternellement noyé dans la brume, défendu par les eaux du lac. C'est là que gémissait Marie Stuart, opprimée sous les violences des lords presbytériens, déchirée par le remords, troublée par les fantômes du passé et par les terreurs de l'avenir.»

Elle y portait dans son sein un fruit de son criminel amour; elle y mit au monde une fille qui mourut ignorée, dans un couvent de femmes, à Paris.

L'ambassadeur d'Élisabeth en Écosse, Drury, raconte ainsi à sa souveraine sa dernière tentative d'évasion: